Cocotte, de György Pálfi, 27 mai

« Une poule sur un mur qui picore du pain dur, picoti picota, lève la queue et puis s’en va. » Sauf que la Cocotte de György Pálfi est l’héroïne principale du nouveau film du réalisateur hongrois et qu’elle survit à tous les hommes et volatiles, bons et méchants, de ce conte acide et noir. Du haut de ses 35 centimètres (la taille moyenne pour ce gallinacée), notre poule actrice nous toise. Le réalisateur la filme souvent en contre-plongée, comme si cette poule-là était à la fois notre juge et notre conscience.

La caméra adopte son point de vue et filme à hauteur de volatile. Après la fuite, dans le camion, les paysages qui défilent apparaissent floutés, accompagnés d’effets sonores discordants (courtesy of Erik Mischijew), évoquant l’affolement de la poule. Lorsqu’elle se retrouve au milieu d’un marché, seules les jambes des humains sont visibles. Idem lorsque le restaurateur la ramène dans le poulailler, après l’une de ses multiples tentatives d’évasion. Une poule qui tente de se faire la malle ? Cela rappelle bien évidemment le Chicken Run des studios Aardman. Mais ici, point de clin d’oeil cinéphile au classique La Grande Évasion, et surtout, point de caractérisation anthropomorphique. Cette Cocotte n’a rien d’humain, elle ne porte pas de chapeau tricoté, et elle n’élabore pas de plans détaillés.

Cocotte se montre parfois très bête, fidèle à l’idée qu’on se fait d’une poule. Impossible de ne pas rire lorsqu’elle se fait voler dans les plumes par les autres poules, qui voient en elle une nouvelle venue et surtout une rivale potentielle. Mais le trouble surgit au moment où il devient impossible de ne pas faire le lien entre ces volatiles et nous-mêmes, homo sapiens. Si la bande-son de Szőke Szabolcs surligne, parfois jusqu’à l’outrance (comme dans la scène de coup de foudre entre la poule et le coq) les sentiments des protagonistes animaux, impossible, même sans musique, de ne pas déceler une mise en miroir des situations humaines avec les relations de pouvoir dans la basse-cour.

Tout au long du film, la poule ne cessera de s’humaniser. Au réflexe de fuite face à un renard affamé puis à l’instinct de reproduction, succédera l’affection pour ses œufs. Notre Cocotte est une mère aimante contrairement à la fille du proprio, qui abandonne sa progéniture au profit de son amant, un homme peu recommandable. Le motif de l’enfantement est récurrent comme le montre ses nombreux gros plans sur le cloaque de Cocotte (mais aussi de sa mère avant elle) expulsant des oeufs à l’avenir incertain. Des conditions de vie indignes dans les élevages industriels à la traite humaine mettant en péril femmes et enfants, il ne semble y avoir qu’un pas. Le personnage du vieil homme (Yannis Kokiasmenos), capable de prendre soin de Cocotte et soucieux de dialoguer avec les animaux (il salue toujours les poules avant de leur retirer leurs oeufs) tempère cette vision à la fois fataliste et presque nihiliste du genre humain. Filmé avec 8 poules (Eszti, Szandi, Feri, Enci, Eti, Enikő, Nóra, et Anett, toutes créditées au générique), Cocotte, conte moral, nous invite à nous interroger sur ce qui, dans nos organisations sociales et comportements, fait honte à l’homme.

27 mai 2026 en salle | 1h36min | Drame
De György Pálfi
|Par György Pálfi, Zsófia Ruttkay
Avec Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras, Yannis Kokiasmenos
Titre original : Kota

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