Plus fort que moi, de Kirk Jones, 1ier avril – Prix du Meilleur Acteur aux BAFTA Awards
Plus fort que moi dont le titre original est I swear (Je jure) est un biopic sur un héros pour le moins singulier : John Davidson. Dans les années 1980, cet écossais grandit avec un syndrome qui lui cause bien des tracas. Il est forcé d’interrompre ses études, il perd une occasion unique de se faire sélectionner dans une équipe de foot prestigieuse et son père finit par quitter le domicile familial. John est contraint de manger seul devant la cheminée, loin de ses sœurs attablées dans la grande cuisine avec leur mère. Plus tard, alors que ses amis trouvent leur premier emploi et s’installent dans leur propre appartement, John vit reclus avec une mère âgée, sans aucun espoir dans l’avenir.
Feel good movie, Plus fort que moi montre l’émancipation progressive d’un jeune homme atteint du syndrome de Gilles de la Tourette. Avant ce film, trois documentaires avaient déjà été consacrés à John par la BBC. Le premier était intitulé « John is not mad. » Au cours des années 2000, la BBC avait repris contact avec Davidson afin de filmer l’évolution du jeune homme dans The Boy Can’t Help It et Tourettes: I Swear I Can’t Help It. Inconnu en France, John Davidson est une véritable célébrité outre-manche. Sa notoriété télévisuelle aurait pu le transformer en freak façon Loana et tous les abîmés de la télé-réalité. Mais si le premier documentaire pouvait faire craindre une forme de complaisance voyeuriste, l’itinéraire à la fois médiatique et communautaire de John Davidson a permis à des milliers de jeunes atteints du même syndrome d’améliorer leurs vies.
Adoptant une narration chronologique, à l’exception de la séquence d’ouverture qui se déroule au moment où le film se termine, en 2019, Plus fort que moi s’articule autour des épreuves rencontrées par John. A l’adolescence, c’est la découverte des troubles qu’on tente de cacher à la famille, aux enseignants et aux ami.es. Apprécié de ses camarades, excellent gardien de but, John perd tout du jour au lendemain : l’admiration de ses pairs, l’amour de ses parents, la compréhension de ses professeurs. Robert Aramayo crève l’écran en incarnant John adulte – il a d’ailleurs remporté le BAFTA du meilleur acteur (l’équivalent de nos Césars) – mais l’interprétation du jeune acteur Scott Ellis Watson (qui campe Davidson à 14 ans) est particulièrement fine et émouvante. C’est un acteur à suivre.
Si Aramayo a été récompensé, le succès du film tient beaucoup aux interactions avec les rôles secondaires : la mère naturelle jouée par Shirley Henderson, psycho-rigide et frustrée à souhait, et Maxine Peake, lumineuse en mère de substitution aimante. On rit beaucoup des jurons prononcés par notre héros qui semble lâcher les pires vérités (« Tu vas mourir d’un cancer ») au moment où il conviendrait de garder le silence. Alternant moments comiques et dramatiques (une tentative de suicide, un passage à tabac…), Plus fort que moi est une formidable leçon de résilience.
Avant d’être fait chevalier de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine en 2009 – pour services rendus à la Nation – John Davidson était en butte à l’incompréhension et à la répression – sociale et policière. Le syndrome de Gilles de la Tourette était peu connu, et le jeune homme fut souvent considéré comme un fauteur de troubles : la scène du tribunal, à mi-parcours, est un moment pivot du récit. Épaulé par des témoins qui parviennent à convaincre le juge que ses cris, tics ou insultes sont involontaires, Davidson prend conscience qu’en tant qu’expert de sa propre maladie, il doit sortir de sa coquille et venir en aide aux autres jeunes atteints du même syndrome.
Il n’y pas de guérison pour les personnes atteintes de ce syndrome. Mais il existe des moyens pour réduire la fréquence et l’intensité des tics, la première condition étant d’évoluer dans une société bienveillante qui ne porte pas de jugements hâtifs. La fin du film illustre la montée en puissance de Davidson qui de victime, se métamorphose en pair-aidant et porte-parole reconnu de la cause des patient.es atteint.es du syndrome de Tourette. Si le format cinématographique suggère une mue rapide, il aura fallu plusieurs décennies pour que notre héros finisse par s’accepter et ne plus avoir honte de lui. Une belle leçon de vie.
1 avril 2026 en salle | 2h01min | Biopic, Drame
De Kirk Jones (II)
Avec Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake
Titre original : I Swear






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