The Mad Dog Of Europe, Rubika Shah, 15 avril

Documentaire réalisé par Rubika Shah, The Mad Dog of Europe transporte le spectateur dans le Los Angeles des années 1930. A partir d’interviews avec Nick Davis et Ben Mankiewicz, les petits fils du scénariste et réalisateur Herman J. Mankiewicz, Rubika Shah décrit l’influence des nazis au sein de la machine à rêve hollywoodienne. La réalisatrice s’était déjà intéressée à la montée des idées de l’extrême droite en signant son documentaire musical White Riot (2020) qui retraçait la série de concerts organisés à la fin des années 1970 contre le racisme au Royaume-Uni.

Copyright 2026 Le Bureau Films – HeimatFilm

The Mad Dog of Europe fait référence à Adolf Hitler mais aussi à un film éponyme qui ne réussit pas à voir le jour, sous la pression du gouvernement allemand et de divers lobbys acquis aux nazis. Scénarisé par Herman J. Mankiewicz, The Mad Dog of Europe avait un objectif double. Mankiewicz souhaitait alerter l’opinion publique nord-américaine du danger représenté par Hitler, alors en pleine ascension, et prouver à son père qu’il était capable d’écrire des films « sérieux. »

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D’abord critique de théâtre au New Yorker puis scénariste de pièces de théâtre, Herman J. Mankiewicz quitte New York afin de faire fortune en Californie. Il est engagé par la Paramount pour écrire les intertitres des films muets de l’époque. Il négocie avec facilité le passage au parlant. Assez vite, il se forge un nom à Hollywood. Le code Hays qui censurera tous les films un peu trop provocateurs n’existera pas avant 1930, et pour l’instant, les studios sont friands de ses comédies loufoques aux dialogues incisifs. Un enregistrement de son psychanalyste indique pourtant que Mank n’est pas heureux : son père considère son succès comme de la médiocrité car il désapprouve les comédies.

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Le documentaire adopte une approche chronologique assez classique, balisée par une carte de Los Angeles censée mettre en évidence les lieux favorables au projet de Mankiewicz et les antennes du parti nazi. On apprend ainsi qu’un cinéma, le Continental, passait des films de propagande allemande au contenu ouvertement antisémite. Au final, ce Hollywood mapping esquisse davantage une carte mentale de la judéité de Mank avec notamment les demeures de ses amis producteurs et scénaristes, juifs comme lui.

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Le film est intéressant dans la mesure où il explore le réseau relationnel de Mankiewicz, et montre les hésitations des uns et des autres. L’une des approches à l’époque, dans les milieux juifs, est de se faire discret, et de ne pas polariser l’attention sur soi. C’est ce qui motive Louis B. Meyer, tycoon de la MGM, qui refuse le script de The Mad Dog of Europe. Mankiewicz, s’il a des défauts, est un homme entier et intègre. Persuadé de la menace allemande pour le monde entier, il continue de chercher des soutiens pour son film, quitte à se mettre à dos les nababs d’Hollywood, inquiets à l’idée de perdre des marchés à l’international.

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Sam Jaffe entre alors en scène. Dans les années 1950, il sera inscrit sur la liste noire du maccarthysme et il n’hésite pas à mouiller sa chemise pour trouver de l’argent afin de produire le film. Hélas, son rabbin lui enjoint de lâcher l’affaire. Jaffe, convaincu de la valeur spirituelle d’un tel conseil, finit par renoncer au projet. Cette anecdote, en apparence amusante et triviale, témoigne de la perplexité de communauté juive par rapport à ce qui se joue en Allemagne. En mettant en parallèle des extraits de dialogue ou de script du film mort né d’Herman J. Mankiewicz avec des images d’archives journalistiques de la nuit de cristal , le documentaire de Rubika Shah prouve, si le doute subsistait, que le réalisateur était un visionnaire.

The Mad Dog Of Europe se termine par l’évocation de Citizen Kane, le film pour lequel Herman J. Mankiewicz est passé à la postérité. Coécrit avec Orson Welles, Citizen Kane entre en résonance avec les questionnements intimes du réalisateur sur le danger du pouvoir absolu. Le film aurait gagné à inclure des témoignages (enregistrés ou lus) de Pauline Kael, critique au New Yorker et fervente défenseuse de l’oeuvre du cinéaste, y compris de ses comédies légères telles que Million Dollars Legs. C’est lorsque Rubika Shah (hélas en toute fin) explore les parts d’ombre de Mank, ses penchants autodestructeurs et en même temps son immense appétit pour la vie, qu’elle donne du relief à son documentaire, trop académique. Pour un personnage aussi échevelé qu’Herman J. Mankiewicz, un petit brin de folie aurait constitué un gros plus.

15 avril 2026 en salle | 1h23min | Documentaire
De Rubika Shah

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