Pillion, Harry Lighton, 4 mars, Prix du scénario Un Certain Regard

Pillion, le film qui a émoustillé la Croisette débarque sur les écrans français le 4 mars. Alexander Skarsgård, lumineux et énigmatique, est beau comme un Dieu grec (ou plutôt scandinave !). Harry Melling (le Dudley d’Harry Potter) est son soumis. Bienvenue dans les pratiques très hard de la communauté BDSM d’un groupe de bikers gay. Prix du scénario Un certain regard, Pillion débute comme un conte de fées, un 24 décembre. C’est la nuit de Noël, et Colin (Harry Melling) se sent seul. Bien inséré dans son quartier, on le voit chanter, avec aisance, au sein de son quatuor a cappella dans le pub du coin, puis rejoindre toute sa famille réunie chez ses parents. Entre les deux moments, une scène de drague qu’on croirait sortie d’une rom com à l’anglaise. Colin a repéré un beau biker, Ray, interprété par le fabuleux Alexander Skarsgård. Et l’impensable se produit : c’est Ray qui prend les devants. Colin rougit, bafouille, Ray lui laisse son numéro griffonné sur une carte de vœux.

Copyright Chris Harris

La rom com s’arrête là. Au domicile parental, sa mère a retiré sa jolie perruque rousse : elle est en phase terminale de cancer. Et quand Colin se rend au rendez-vous, c’est pour faire une fellation au biker et lui lécher ses bottes dans une allée sombre. Aucune tendresse, Skarsgård, dominateur, est également avare de mots et d’émotions. On ne sait pas trop où Pillion veut emmener son spectateur.

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Très cru quand il filme les pratiques sexuelles des bikers – interprétés avec naturel par des acteurs non-professionnels, les membres du Gay Bikers Motorcycle Club – Pillion résulte plus bavard -peut-être trop – au moment d’analyser la relation sado-maso du couple principal. Le réalisateur nous donne à voir le point de vue de la mère de Colin, qui s’inquiète – c’est compréhensible – de voir son fils dévoué corps et âme à une personnalité potentiellement perverse. A travers de rares échanges verbaux, Harry Lighton explicite aussi et légitime la position de Ray : bien qu’elle soit caractérisée par la soumission, cette relation est libre et consentie. Enfin, Colin, en amoureux transi, est filmé un sourire béat aux lèvres ou bien, à son travail, griffonnant tel un adolescent, le prénom de son aimé sur un petit calepin. Qu’importe si son compagnon refuse toute intimité ou tendresse, le fasse dormir par terre au pied du lit et le charge de toutes les corvées domestiques (rôle au passage souvent dévolu aux femmes dans les couples hétéronormés)

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Adaptation cinématographique du roman Box Hill d’Adam Mars-Jones, Pillion surfe sur la mode des films explorant les pratiques fétichistes – on songe ainsi à Babygirl pour son pendant hétérosexuel. Mais contrairement à Babygirl, finalement très soft, le réalisateur n’a pas peur d’y aller à fond dans l’exploration de pratiques qu’il y a peu on jugeait transgressives. Pillion montre progressivement l’évolution psychologique du soumis qui se laisse totalement happer par la personnalité écrasante de Ray, pour ensuite, tenter d’imposer certaines limites. Par contre, il ne fait que caresser la surface d’un Ray magnétique à souhait. Un moyen simple et en même temps efficace d’entretenir le mystère autour d’une personnalité qui demeurera hermétique, se dérobant à toute tentative de compréhension, ce qui fait la force mais aussi la faiblesse de ce film.

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Pillion ne manque pas, par ailleurs, de belles idées visuelles. On retiendra ainsi, les travellings à moto, les cadrages au plus près des corps dénudés et enlacés, et surtout ce souci du détail sarcastique comme lorsque Colin attend Ray sur les marches d’escalier, un sac reuse, recycle, à la main, montrant sa dimension « consommable » et « jetable ». Quand les choses deviennent plus sérieuses, Ray fuit, il ne veut pas de cet amour encombrant. Contrairement à Colin, il n’est pas co-dépendant. Il disparaîtra aussi mystérieusement qu’il n’était apparu dans la vie de Colin.

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Soyons honnêtes, si Ray était joué par un acteur moins beau et moins charismatique qu’Alexander Skarsgård, pas sûr que cette chronique des amours gays d’un groupe de bikers folâtrant fesses à l’air, colliers de chiens au cou, et harnais jock strap à Box Hill, « la colline aux buis », au sud-ouest de la banlieue londonienne, ne suscite un tel engouement.

4 mars 2026 en salle | 1h47min | Comédie, Drame, Érotique, Romance
De Harry Lighton
Avec Harry Melling, Alexander Skarsgård, Douglas Hodge, Lesley Sharp

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