Sélection expos : Martin Parr (Jeu de Paume), Manga (Guimet), Dragons (Quai Branly), Denise Bellon (MAHJ)

Avant le début du printemps, petite sélection d’expositions qui se terminent en mars ou qui débutent tout juste.

Martin Parr, Global Warning

Jeu de Paume, du 30 janvier au 24 mai 2026

Grande affluence, même en heures creuses, dès l’ouverture du Jeu de Paume, pour l’exposition Martin Parr. C’est l’une des plus grandes rétrospectives consacrées au photographe britannique qui vient de décéder.

Même si vous n’êtes pas fan de ses clichés aux couleurs criardes, parfois kitch, à la limite du mauvais goût, courrez voir cette exposition. Martin Parr n’était pas uniquement un collectionneur de clichés amusants qui témoignaient de son sens de la satire sociale.

Cannes, France, 2018. Commande de Gucci.© Martin Parr / Magnum Photos. Photographie de Nausica Zaballos pour cinescribe.fr

C’était aussi un penseur visionnaire qui accompagnait modes et nouvelles tendances technologiques : l’essor du tout automobile dans les années 1970, l’apparition des téléphones portables, la multiplication des écrans avec smartphones, tablettes, consoles de jeux… Il a aussi dénoncé la vulgarité des ultra-riches.

Mumbai, Inde, 2018
© Martin Parr / Magnum Photos

Conçue de manière thématique autour de notions clés comme la dénonciation du tourisme de masse et de la surconsommation, cette rétrospective essentielle suit aussi une ligne chronologique qui nous permet d’appréhender les évolutions dans la pratique photographique de Martin Parr, et de découvrir ses premiers clichés, moins connus.

A noter ainsi, une série de magnifiques photos en noir et blanc sur des carcasses de Morris Minor (voiture britannique emblématique) abandonnées dans de somptueux paysages irlandais.

Manga. Tout un art

Musée Guimet

19 novembre 2025 – 9 mars 2026

Là aussi, très grosse affluence, même en matinée en semaine. Divisée en plusieurs sections, déployée sur les trois étages du musée Guimet, Manga. Tout un art se propose d’explorer cet art, de ses origines aux modes contemporaines.

Les lecteurs assidus seront ravis de retrouver des planches originales et des produits dérivés d’œuvres telles que Goldorak, Dragon Ball, Fairy Tail, Candy Candy, ou One Piece… Un hommage est également rendu à Osamu Tezuka (1928-1989), créateur d’Astro Boy.

Astro Boy. Photographie de Nausica Zaballos

Les non lecteurs de manga – comme moi – apprécieront l’ancrage à la fois historique et anthropologique de l’exposition.

Beaucoup de monde dans la petite salle qui présente les variations sur l’œuvre La vague de Hokusai.

Une salle très intéressante au sujet du Felix le chat japonais : Norakuro de Tagawa Suiho.

Norakuro de Tagawa Suiho. Photographie de Nausica Zaballos

Les salles que j’ai préférées sont consacrées aux origines spirituelles des héros de manga. Parchemins, aquarelles, vases, sculptures : tout est bon pour représenter le yōkai, cet être surnaturel, parfois farceur ou guide qui fait le lien entre le monde invisible et les vivants. Attention, il semblerait qu’elles soient fermées au moment où j’écris ces lignes.

Dans la partie encore ouverte, qui traite à proprement parler des manga, les livres de Shigeru Mizuki (1922-2015) considéré par certains comme LE mangaka des yōkai sont mises en parallèle avec des illustrations de yōkai datant de l’époque d’Edo.

Souris yokai, Shigeru Mizuki. Photographie de Nausica Zaballos

Takehara Shunsensai, La vieille souris, Cent contes illustrés, 1841, époque Edo. Photographie de Nausica Zaballos

Une section est également dédiée à l’un des classiques de la littérature asiatique, Le Voyage vers l’Est, qui a inspiré Akira Toriyama, le créateur de Dragon Ball.

Shunshodo Tamakuni, 1823-1834, La pérégrination vers l’est et le cortège des 100 démons. Photographie de Nausica Zaballos

Les différences entre manga pour jeunes filles (shôjo manga) et manga pour jeunes garçons (Shōnen) sont également explicitées dans des salles dédiées.

Cobra.

Enfin, l’influence de la presse satirique européenne dans le développement d’une forme de BD japonaise à l’époque coloniale est mise en valeur par la présence d’exemplaires originaux de The Japan Punch et Tôbaé.

L’exposition se conclue par une série de vêtements haute couture (le plus souvent excentriques) inspirés par les manga.

Dragons

Musée du Quai Branly

18 novembre – 1ier mars

On reste en Asie avec l’exposition Dragons au musée du Quai Branly conçue en partenariat avec les commissaires d’exposition du Musée national du Palais de Taipei à Taïwan.

Plus de 5000 ans de culture défilent sous nos yeux. Les aspects spirituels mais aussi économiques de cette créature mythique sont mis en lumière avec des sections réservées au dragon comme symbole du pouvoir impérial, et d’autres en lien avec le taoïsme, la protection de Bouddha ou les signes du zodiaque.

Porte-fleur en forme de créature poisson, Chine, Dynastie Ming (1368-1644), Jade, © Musée national du Palais, Taipei, Inv. 故玉002171 Ce vase représente le moment où la carpe se change en dragon. Le corps est encore celui d’un poisson, mais la tête commence sa transformation avec des yeux exorbités, la croissance de cornes, de crocs, d’une moustache et d’oreilles pointues. Photo de Nausica Zaballos pour cinescribe.fr

On regrettera la taille de l’exposition – bien trop petite au vu de la richesse symbolique du dragon. Malgré la beauté des pièces présentées, à la sortie, on se demande volontiers si le Quai Branly n’a pas, par souci d’économie (l’assurance des œuvres prêtées peut parfois se révéler élevée) opté pour une muséographie moderne type Musée de l’Homme – les fac-similés, les écrans tactiles ou autres remplacent les objets – qui fait la part belle à l’expérience sensorielle et moins à la transmission de connaissances par une contextualisation riche et variée.

Denise Bellon.Un regard vagabond

du 9 octobre 2025 au 8 mars 2026

MAHJ : Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

Avant d’aller voir l’exposition Martin Parr qui dure jusqu’en mai au Jeu de Paume, passez au MAHJ découvrir le travail d’une talentueuse mais très discrète photographe française. Denise Bellon bénéficie là de sa première grande rétrospective avec plus de 250 tirages réunis. Pourtant, c’est une femme qui n’a jamais arrêté de travailler, côtoyant les milieux surréalistes et l’industrie du cinéma.

Salvador Dali, photographié lors d’une des nombreuses Expositions internationales du surréalisme auxquelles participa Denise Bellon.

L’exposition du MAHJ permet de saisir le parcours artistique et social de cette artiste dont l’oeuvre à la fois intime et singulière fut aussi le portrait et le témoignage d’une époque.

C’est au sein du Studio Zuber, puis d’Alliance photo, agence-coopérative fondée en 1934, que Denise Bellon réalise ses premiers reportages photos pour des revues aussi diverses que L’Art ménager, Art et médecine, Paris Sex-Appeal ou encore Vu, Regards et Match.

La mode est à l’exaltation des bienfaits du sport, des activités en plein air et Denise aime photographier les membres de sa famille et ses ami.es pratiquant nage, danse ou athlétisme.

Loleh Bellon, Piscine Molitor, 1939

Ce qui frappe dans les clichés de Denise Bellon, c’est cet appétit insatiable pour la vie. La guerre a beau être aux portes de l’Europe, Denise Bellon continue de voyager et de s’amuser. Ivre de rencontres et de découvertes, elle porte un regard un brin moqueur, souvent fantaisiste et toujours humaniste sur ses contemporains et l’évolution des moeurs et des techniques.

Portée par le courant de la Nouvelle vision, pendant du Bauhaus en photographie, Denise Bellon, récemment divorcée, arpente les rues des villes, traîne dans les ports (elle photographie le transbordeur de Marseille), se passionne pour l’architecture et produit des clichés aux cadrages et contrastes audacieux.

Un plongeoir de la piscine municipale de Casablanca photographié par Denise Bellon en 1936. Photo Denise Bellon/AKG

Très à gauche, Denise Bellon est aux côtés des opprimés et marginaux : elle photographie les enfants de la zone (vaste ensemble de bidonvilles aux portes de Paris), les communautés roms et aussi les « gueules cassées« , ces soldats de la première guerre mondiale qui sont revenus du front avec les visages déformés. Quand la guerre éclatera, Denise Bellon dissimulera sa judéité mais continuera à travailler, réussissant même à réaliser un reportage sur la revue collaborationniste l’Action Française !

Gueules cassées, Denise Bellon.

Un an avant la Libération, Denise « prend le maquis » en s’installant près des Républicains espagnols réfugiés dans l’Aude. Elle livre l’un des rares témoignages photographiques du quotidien de ces militants antifranquistes.

Combattant antifranquiste, Haute Vallée de l’Aude, 1944.

Avec ce même regard empathique, elle documente le retour à une vie normale des enfants juifs de la maison des Éclaireurs israélites de Moissac. Sous la houlette de Shatta (Sarlota Hirsch) et de Bouli (Édouard Simon), des centaines d’enfants ont été accueillis entre 1939 et 1943. Quand ils retournent à Moissac à la Libération, la plupart d’entre eux sont orphelins, leurs parents n’ayant pas survécu aux camps de la mort. Mais Denise Bellon tient à photographier leurs jeux et leur innocence. La vie, toujours plus forte que la mort.

On sort de cette exposition un sourire aux lèvres, régénéré.e…

Enfants, Moissac.

 

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