La gifle, de Frédéric Hambalek, 18 mars

Imaginez que votre enfant, une adolescente, développe des pouvoirs télépathiques après avoir été giflée par sa meilleure amie, et qu’elle entende et voie tout ce que vous faites quand vous n’êtes pas à la maison ? C’est le postulat fantastique de La Gifle, film allemand sélectionné à la Berlinale et réalisé par Frédéric Hambalek. Avec cette comédie noire, le réalisateur détricote le réseau de mensonges domestiques et sentimentaux d’une famille au bord de l’implosion. Les parents de la jeune Marielle, Julia (Julia Jentsch) et Tobias (Felix Kramer) forment en apparence un couple heureux. Ils occupent des fonctions de direction dans des jobs de créatifs et habitent une immense demeure design avec un grand jardin. Sauf que le père se fait sans cesse rabaisser par de jeunes recrues, et que la mère avoue à son collègue s’ennuyer profondément avec son mari.

Sous des abords comiques, La gifle est une peinture sociale pertinente et juste. Le réalisateur dénonce l’hypocrisie de ces couples bourgeois qui partent vivre à la campagne, en province ou en grande banlieue, mais continuent de travailler à la grande ville qu’ils fréquentent également pour réaliser en cachette leurs « petites affaires ». C’est tout un style de vie que Frédéric Hambalek brocarde avec férocité. Allez, vous avez certainement parmi vos connaissances l’un de ces couples qui a quitté Paris, « trop stressant, pas assez d’espace », et qui depuis, ne cesse de vanter sa nouvelle qualité de vie, ses barbecues entre amis, la solidarité entre voisins…

A travers une série de scénettes précisément localisées (à table au dîner, au club de sport, dans l’habitacle de la voiture sur un parking, sur le perron d’une autre mère de famille…), le réalisateur souligne le vernis écaillé de ces relations sociales entre pseudo bons voisins. Julia et Tobias sont imbuvables, car ils s’estiment moralement supérieurs, alors que tout dans leur comportement est faux et pathétique.

Au début, le réalisateur laisse entrevoir une sorte de rédemption après la découverte des dons de Marielle. Ayant lu du mépris dans le regard de sa fille, Tobias trouve la force de remettre à sa place le jeune aux dents longues du bureau. De même, Julia ose avouer à son mari qu’elle a échangé des sous-entendus érotiques avec son collègue. Mais au lieu de s’interroger sur les raisons de leur mal-être professionnel et sentimental, les deux héros restent prisonniers de cette morale bourgeoise qui consiste à toujours se réfugier derrière une belle façade et rester polis.

A ce jeu-là, pas étonnant que les tensions et frustrations aillent crescendo. Julia s’affiche en mère progressiste ; elle rétorque à son mari « Tu ne vas pas faire croire à notre fille qu’il n’y a que la monogamie comme manière d’aimer » mais elle étouffe sous la culpabilité. Quant à Tobias, jouant le détachement et incapable d’avouer sa jalousie et ses sentiments à son épouse, il la perd définitivement. A l’opposé, Max, le « flirt » de Julia, et la grand-mère de Marielle, insufflent un vent de franchise bienvenu dans cette chronique pavillonnaire étouffante. Les extraits symphoniques et les gros plans sur le visage de la jeune fille accentuent – de manière peut-être un peu forcée – la condamnation morale des deux protagonistes. Enlevée, corrosive et très drôle, la dernière réalisation de Frédéric Hambalek aurait pu néanmoins développer davantage le personnage de Marielle qui ne semble prétexte qu’à mettre en branle l’autodestruction du couple. On songe ainsi parfois à l’inconfort du personnage joué par Christopher Walken dans Dead Zone : être le témoin de toutes les mesquineries du genre humain, quelle horreur pour Marielle ! A part l’évocation d’une certaine mélancolie par la grand-mère, peu de choses sont dites sur la jeune fille. Elle doit pourtant faire le deuil de ses parents en les découvrant – en dépit de leurs dénégations – tels qu’ils sont réellement…

18 mars 2026 en salle | 1h26min | Comédie
De Frédéric Hambalek
Avec Laeni Geiseler, Julia Jentsch, Felix Kramer
Titre original : Was Marielle weiß

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