Le chant des forêts, Vincent Munier, 17 décembre 2025
Une symphonie de « sons justes », c’est ainsi que l’on pourrait résumer le dernier film de Vincent Munier qui, quatre ans après La Panthère des Neiges, signe une nouvelle ode au monde sauvage. « son juste« , le « sauvage« , sont les termes employés par Michel, le père de Vincent, qui a passé toute sa vie à repérer les signes discrets et réels de la présence animale dans les forêts. Ce vieux monsieur, au visage sage et noble, a transmis sa passion de naturaliste au réalisateur mais également à son petit-fils, Simon, autre héros de cette singulière composition musicale. Comme l’indique le titre, on entend davantage qu’on ne voit les animaux. La Nature se révèle d’abord aux voyageurs patients qui ont encore la capacité de « s’émerveiller au lever du soleil. » (toujours les mots de Michel)
Il faut abandonner aux portes de la forêt toute conception occidentale et matérialiste du temps. Pour ramener de belles images animalières (mais ce n’est pas en soi l’objectif de l’expédition), il faut souvent se lever aux aurores ou veiller la nuit, parfois les deux en même temps. Simon, Michel et Vincent, trois hommes à des âges différents, sont filmés emmitouflés dans de chauds duvets, allongés sous des abris de fortune, faits de branchages et de feuilles. L’action se déroule dans les Vosges mais aussi, en Norvège, à la recherche du Grand Tétras, oiseau qui semble hélas avoir disparu de notre territoire.
« Mets tes pas dans les miens », dit Michel à Simon qui s’enfonce dans neige du Grand Nord Scandinave. Le chant des forêts est un magnifique récit de transmission filiale. Si Simon ressemble à bien d’autres adolescents de son âge, dévorant des mangas (on le voit lire One Piece), appréciant les films de Miyazaki, et adorant les marshmallows grillés au feu de bois, il a ce petit plus qui, sans nul doute, le différenciera des autres et l’aidera à grandir autrement (et j’ose écrire mieux). Il a bénéficié du regard d’un ancien, qui a pris le temps de partager avec lui son savoir.
Michel, Vincent, et Simon, ne sont pas des chasseurs d’images, ce sont des guetteurs, attentifs au moindre bruissement, piaillement. Tous leurs sens sont en alerte pour repérer sur la neige, l’écorce des arbres ou la mousse, les traces d’animaux qui peuvent être grands et majestueux tels le cerf, ou plus petits mais tout aussi beaux, comme le troglodyte mignon. Film choral qui convie une multitude de créatures, toutes citées au générique (pic, mésange, grimpereau, chouettes, lynx, blaireaux…), Le Chant des Forêts est un film plein d’espoir malgré sa documentation de l’extinction du Grand Tétras.
Hommes et animaux forment un tout, via une chaîne d’interdépendance solidaire. Si les grands mammifères ou volatiles sont voués à disparaître à cause de la destruction et pollution – qui peut être sonore avec les avions – de leur habitat, la vie perdurera, notamment à travers cette myriade de petits êtres, passereaux rapides et fugaces comme l’éclair (troglodyte au chant si puissant), mais aussi insectes fouisseurs, qui en creusant le sol, participent à l’éternel recommencement. Le chant des forêts devrait être projeté dans toutes les écoles, collèges, lycées et entreprises, comme un remède aux maux contemporains.
17 décembre 2025 en salle | 1h33min | Documentaire
De Vincent Munier
Avec Vincent Munier, Simon Munier, Michel Munier…








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