Retour sur un film : L’incroyable femme des neiges, Sébastien Betbeder, toujours en salle
Avec L’incroyable femme des neiges, Sébastien Betbeder offre son plus beau rôle à Blanche Gardin. L’humoriste, ostracisée depuis sa remarque cinglante sur le génocide en cours à Gaza, interprète Coline Morel, exploratrice des pôles et femme incomprise, qui n’est pas sans rappeler son alter ego de comédienne de stand up. Amoureux des paysages enneigés, Sébastien Betbeder réalise le grand écart géographique et tourne en France, dans le Jura, et au Groenland où il avait déjà filmé Le Voyage au Groenland, sorti en 2016. L’incroyable femme des neiges mêle les genres avec bonheur. Trois séquences clés illustrent l’inventivité folle du réalisateur.
Avec le retour aux sources de son héroïne dans son patelin natal, le film prend l’allure de comédie de boulevard. Coline Morel, limogée du CNRS et larguée par son mec, enchaîne les gaffes auprès de son ancien amoureux (Laurent Papot) qu’elle n’a pas revu depuis le lycée. Sébastien Betbeder filme une femme souvent éméchée qui s’accroche de toutes ses forces à un canapé, refusant de quitter la demeure de son ex petit ami. Seule l’intervention des forces de police mettra fin à cet incroyable caprice. Le marivaudage amoureux laisse vite la place à une réflexion désabusée sur les rêves de jeunesse et l’hypocrisie du monde adulte. Coline, malgré ses excès, est celle qui dit l’évidence : tous et toutes autour d’elle, à part peut-être ses deux frères, ont renié leurs idéaux.
Avec la reformation du trio primordial, la soeur et ses deux frères, le film s’aventure dans les hauteurs comme s’il essayait de mettre derrière lui les trivialités et mesquineries de la petite-bourgeoisie bien-pensante jurassienne. Coline, Basile et Lolo, se retrouvent à la fois ensemble et seuls face à leur version du passé familial. Sans jamais se départir d’une touche d’humour, le film ne cesse de flirter avec la tragédie. Littéralement au bord du gouffre (lors d’une incroyable scène), Philippe Katerine, Bastien Bouillon, et Blanche Gardin, oublient les faiblesses ou manquements des uns et des autres pour nous livrer un somptueux et émouvant portrait fraternel. Le film aurait pu sombrer dans le ridicule, avec d’autres dialogues ou une mauvaise direction d’acteurs, mais il parvient toujours à nous faire croire en cette improbable renaissance aux portes de la mort.
Car le personnage joué par Blanche Gardin est mourant. Et le spectateur le sait depuis le début. Ce double mouvement, à la fois mémoriel, vers l’enfance, et mythique, à la recherche d’un mystérieux yéti inuit – le qivitoq – entraîne le spectateur dans une quête de sens. Quel héritage familial j’accepte de garder, qu’est-ce que je rejette pour ne pas faire les mêmes erreurs ? Pour accepter la mort, la surmonter même, et enfin trouver la paix, Coline doit se décentrer. C’est dans l’immensité du grand nord, au contact d’un Peuple Premier qui pratique encore la chasse et d’un médecin inuit qui chante Champs-Elysées (le tube de Joe Dassin) après lui avoir annoncé son pronostic (3e séquence dingue), qu’elle peut enfin être elle-même et réaliser son rêve. Suivre le qivitok, ce n’est pas mourir, c’est aller vers autre chose… L’un des meilleurs films de 2025.
12 novembre 2025 en salle | 1h42min | Comédie dramatique
De Sébastien Betbeder
Avec Blanche Gardin, Philippe Katerine, Bastien Bouillon…





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