Amour Apocalypse, d’Anne Émond, 21 janvier
Il s’appelle Adam et il aurait aimé vivre à l’âge des premiers hommes. Il est d’ailleurs un peu primitif, au milieu de tous ces chiens, ce propriétaire de chenil. D’après son unique employée, une allumeuse d’une vingtaine d’année, c’est un quadra neuroatypique. Vous l’aurez compris, Adam a tout pour plaire. Et pourtant, dans Amour Apocalypse, il fait tourner les têtes. La réalisatrice québécoise Anne Émond filme avec beaucoup d’humour l’odyssée intérieure d’un chic type un peu timide en pleine crise existentielle. Sur fond de Rom-Com, elle met aussi en lumière un trouble mental appelé à se développer ces prochaines années : l’éco-anxiété.
Au milieu des paysages de terrils, Adam (Patrick Hivon) est inquiet. Le paysage pollué et ravagé (le film a été tourné près de mines d’amiante à ciel ouvert) reflète son état d’esprit. Autour de lui et dans le monde entier, les catastrophes naturelles se multiplient. Acculé par un père (Gilles Renaud) qui aimerait bien le voir se marier et harcelé par une employée qui ne cesse de lui faire des avances sexuelles, Adam a l’impression de tourner en rond. Pour échapper à la dépression qui le guette, il évite tous les excès, pratique la course à pied avec assiduité, écoute des cassettes de méditation et utilise chaque jour sa lampe de luminothérapie. Sauf que tout cela ne suffit pas à combler son vide intérieur. Un soir de blues, il appelle le service après-vente de sa nouvelle lampe, comme ça, juste pour discuter. Et il a la chance de tomber sur Tina, à la fois compréhensive et enjouée, qui est interprétée par la lumineuse (ça tombe bien, sans jeu de mots, promis !) Piper Perabo.
Amour apocalypse séduit d’abord par sa galerie de seconds rôles savoureux : Mikey, le dealer de shit conspirationniste, le meilleur ami geek qui court avec Adam par solidarité mais préférerait retourner à son jeu vidéo ou à son MacN’cheese, la jeune employée séductrice qui se retrouve prise à son propre piège (Elizabeth Mageren, tordante), le père, un papa-poule aux fausses allures de beauf… Les réparties fusent : personne ne comprend Adam qui s’autocensure constamment pour éviter tout conflit. Après avoir planté le décor et présenté le quotidien de son anti-héros, la film adopte un nouveau rythme qui correspond à un changement radical de ton. Adam croit avoir rencontré l’amour et il ne va pas le laisser s’échapper.
Sauf que Tina a un passé bien plus chargé que lui… A la faveur d’une parenthèse enchantée (Tina se réfugie chez Adam) paradoxalement liée à une nouvelle catastrophe (un séisme), Anne Émond filme avec une bonne humeur communicative un amour naissant qui rappelle la fougue et la révolte des années adolescentes. Ayant l’impression d’être seuls au monde, Tina et Adam se livrent à toutes sortes de pitreries et d’excentricités. La réalisatrice semble bien évidemment avoir dans le viseur le système capitaliste et ses conséquences néfastes sur l’environnement et notre propre santé mentale (surconsommation, surendettement, obésité, esprit de compétition…) mais elle fait un excellent usage du cadre, des accélérations (scène chez la psy), de la photo (Olivier Gossot) et des objets du décor pour éviter tout pensum indigeste.
Au final, on croit à cette romance impossible entre un control freak et une nana plus libérée : l’alchimie entre les deux acteurs est évidente. Le parti-pris d’Anne Émond de traiter l’apocalypse (ou plutôt le méga incident climatique) en opportunité à saisir est intéressant, quoique radical. Et si, libérés de tous les liens sociétaux et professionnels, nous étions enfin nous-mêmes, plus heureux ? Amour Apocalypse a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes cette année, il a remporté le prix du Jury au Festival du Film Romantique de Cabourg. Laissons le dernier mot à la réalisatrice : « Mais quelle écervelée ! Le monde va si mal, quelle folie que de s’acharner à raconter cette histoire d’amour légère et bizarre! Je me dis alors, pour m’apaiser, que ça peut être utile. Très humblement, très modestement, sans pensée magique : pendant que nous sommes dans une salle de cinéma, à rire et pleurer ensemble, nous ne sommes pas en train de nous entredéchirer, nous ne sommes pas en train d’acheter des babioles de plastique, nous ne sommes pas en train de « scroller » sur les réseaux. Nous sommes ensemble, un moment. »
21 janvier 2026 en salle | 1h40min | Comédie, Romance
De Anne Émond
Avec Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup…
Titre original : Peak Everything







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