Un simple accident, Jafar Panahi, 1ier octobre
[critique initialement parue le 11 septembre]
En Iran, un simple accident n’est jamais juste qu’un simple accident. Quant Vahid le garagiste croit reconnaître son ancien tortionnaire dans le père de famille venu déposer sa voiture endommagée, ce sont des années de terreur qui resurgissent. Et avec le traumatisme, l’envie de se venger, de rendre les coups et les humiliations. Pour son dernier film, palme d’or à Cannes, le réalisateur iranien Jafar Panahi, lui-même victime du régime des mollahs, filme un road-movie à la fois politique et burlesque.
On s’agite beaucoup dans l’habitacle du van qui transporte le corps inconscient d’Eghbal, alias La Guibole. Agissant sur un coup de tête – certainement conditionné par le mécanisme fight or flight des personnes en état de stress post-traumatique, Vahid a enlevé celui qu’il croit être son ancien bourreau. Sa mémoire s’est réactivée : il a reconnu le bruit sur le sol de la prothèse du monstre qui le frappait et le pendait jusqu’à ce qu’il perde connaissance… Mais notre héros, justement, n’est pas un sociopathe dénué de morale. Le doute le saisit. Pendant son incarcération, il avait les yeux bandés. Il n’a jamais vu le visage de La Guibole. Et s’il se trompait ? S’il tuait un innocent ?
Le thème de la justice est au coeur des discussions entre Vahid et les autres victimes d’Eghbal. Pour identifier sans erreur La Guibole, Vahid fait appel aux sens et à la mémoire d’autres personnes torturées. Et de voir défiler dans le mini van un vieil intellectuel amoureux des livres. Ensuite, deux femmes, l’une photographe, l’autre sur le point de se marier et de tourner la page. Puis, un type baraqué grande gueule qui passant ses mains sur les cicatrices du supposé criminel est pris d’un accès de fureur, se remémorant toutes les fois où La Guibole l’obligeait à le caresser.
Comment permettre à la justice d’advenir lorsque celle-ci a été niée et confisquée par les pouvoirs en place ? Si certaines discussions, reflet des hésitations, atermoiements et dilemmes des héros, peuvent sembler trop didactiques, elles offrent un contrepoint symbolique au mutisme et aux dénégations du supposé tortionnaire. Douter et débattre est un signe d’humanité, une condition préalable à la démocratie. Les dernières scènes entre Shiva la photographe altruiste et Eghbal montrent que le premier terrain où s’opère la perversion de la justice sociale est le langage. Quand les mots s’érigent en doctrines, en vérités, au lieu de panser et penser l’humain, ils peuvent tuer.
1 octobre 2025 en salle | 1h42min | Drame
De Jafar Panahi
|Par Jafar Panahi
Avec Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi
Titre original : Yek tasadef sadeh





Commentaires récents