LaRoy, de Shane Atkinson, 17 avril

Polar poisseux texan, LaRoy est un film surprenant dont les personnages déroutants renouvellent les codes du film noir. A la fois parodie de thriller et comédie de moeurs, LaRoy est un film à la belle photographie (signée Mingjue Hu) très eighties qui n’est pas sans rappeler d’autres longs-métrages sur le même thème; on songe ainsi à U-Turn d’Oliver Stone qui tentait lui aussi de dépoussiérer le trio mari trompé, tueur à gages et femme fatale. Mais à la différence d’Oliver Stone, Shane Atkinson, réalisateur de LaRoy, n’est pas fasciné par la violence.

Ici, presque pas d’effusion de sang, les personnages ne sont pas mus par leurs instincts (à l’exception du couple infidèle) mais par leur intellect. Et c’est finalement là leur problème. Le mari trompé, Ray, (John Magaro, tout en nuances) passe son temps à calculer les risques de chacune de ses paroles ou actions. Bafoué par sa femme, méprisé par ses employés, infantilisé par son grand frère, il garde constamment un profil bas et fait du sur place. C’est cette masculinité pathétique qui est au coeur du récit.

Ray va trouver un allié improbable en la personne d’un flamboyant cowboy (Steve Zahn, génial de drôlerie) qui se dit detective privé. Autant Ray est mutique et discret, autant Skip (Steve Zhan) est volubile et bruyant. Mais les deux hommes sont des figures janusiennes, les faces d’une même pièce de monnaie, et ils connaissent un sort identique : malgré son enthousiasme et ses intuitions, Skip est traité comme un moins que rien dans sa communauté d’origine.

Récit d’apprentissage et d’affranchissement (les deux hommes vont se libérer des liens qui les étouffent), LaRoy se double d’une mécanique presque tragique. A cause d’une erreur d’identification (Ray est pris pour un tueur à gages), mari cocu et apprenti détective vont être pris dans une succession de dangereux quiproquos comme si le Destin s’acharnait sur eux. Pas étonnant alors d’avoir pour véritable tueur à gages (Dylan Baker, excellent) une sorte de justicier (et non de meurtrier sanguinaire) qui agit avec la régularité d’une horloge comme s’il s’agissait d’un Fatum inéluctable auquel on ne peut se soustraire.

L’atmosphère redneck des petites villes du sud des USA est parfaitement retranscrite et les différentes pistes suivies par les deux limiers donnent lieu à de savoureuses rencontres. L’écriture, tout en finesse, est sans temps mort, le film a bien mérité ses deux prix (Grand Prix et Prix du public) lors du dernier Festival du film américain de Deauville.

 

17 avril 2024 en salle | 1h52min | Comédie, Policier, Thriller
De Shane Atkinson
|Par Shane Atkinson
Avec John Magaro, Steve Zahn, Dylan Baker…
Titre original LaRoy, Texas

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