Leo, De Jim Capobianco, Pierre-Luc Granjon, 31 janvier

Leo, film musical en stop motion, qui retrace les dernières années de Leonard de Vinci est un enchantement pour les yeux et l’esprit. Jim Capobianco et Pierre-Luc Granjon ont déployé tous leurs trésors d’ingéniosité pour représenter la cour du roi de France François 1ier qui avait accueilli dans ses chateaux du Clos Lucé et d’Amboise le maestro italien, contraint de fuir l’Italie et les espions du Vatican. Les spectateurs découvrent donc un Leonard vieillisant, désabusé et fatigué par les aléas d’une vie mouvementée.

Le contexte religieux – l’opposition de l’Eglise à toute tentative scientifique d’expliquer le fonctionnement du corps ou de l’univers – est mis en scène de manière à la fois drôlatique et explicite. Deux yeux d’espions florentins apparaissent dans les visages d’angelots peints en fresque, puis, en France, ils font place à d’inquiétantes ombres dont la malveillance ne fait aucun doute. Le pouvoir – et l’égocentrisme ? – du Pape sont signifiés par la taille immense du personnage – également doté d’une tête surdimensionnée – qui passe de la colère à la mièvrerie en un instant, alternant menaces et cajoleries.

Le grand regret de Leo qui se désole sur tempus fugit, le temps qui passe, trop vite à son goût, est de sacrifier ses travaux scientifiques aux commandes artistiques de ses puissants mécènes. A plusieurs reprises, des nobles –  le Pape (Matt Berry dans la version originale) ainsi que la duchesse de Savoie, mère de François 1ier – lui ordonnent de peindre et d’arrêter ses expérimentations, bref de se comporter tel le « petit » (je cite) artiste qu’il est. Si le contexte historique est plutôt bien rendu – avec notamment une peinture à la fois émouvante et pertinente du rôle joué par Marguerite de Navarre, la soeur aînée de François Ier dans la défense des intellectuels de l’époque – Jim Capobianco et Pierre-Luc Granion ont developpé une relation filiale entre la jeune femme et le vieux maître qui vient redonner du souffle à l’imaginaire de Leonard à quelques années de son trépas.

A la fois épique – les personnages virevoltent en rêve ou dans la réalité – et intimiste – avec de nombreuses scènes dans des chambres et ateliers – ce film d’animation s’attache à démonter les rouages, non du génie, mais de la passion. Passion de découvrir et d’explorer, passion de transmettre, passion d’aimer la vie sous toutes ces formes, même ses aspects les plus macabres ou inquiétants. A travers le monde, Leonard de Vinci est à jamais associé à l’une de ses oeuvres les plus connues, la célèbre Joconde. Dans Leo, l’énigmatique tableau est présent dans de nombreux plans puisqu’il est attesté historiquement que le maestro l’emporta avec lui à la cour du roi de France. Mais, le film est constellé d’épures, de schemas, de maquettes, de planches d’anatomie, qui tapissent ses tables de travail ou surgissent dans des bulles symbolisant le flot de pensées ininterrompu de Léonard.

Du coup, l’image parfaite de Leonard-visionnaire est un peu écornée : c’était probablement un doux dingue qui procastrinait beaucoup et ne terminait aucun de ses projets, comme la cité idéale de Romorantin, car un nouvel enthousiasme chassait le précédent ! Mais un peu comme dans Ratatouillescénarisé par Capobianco quand il officiait pour Pixar – où Gusto, à travers sa bible culinaire, formait le jeune cuisinier, le film célèbre avant tout la transmission des savoirs : ce qui a maintenu Leonard en vie aussi longtemps, c’était sa passion de comprendre et surtout de transmettre… A ses apprentis, à François Ier qui l’appelle « Père », à Marguerite de Navarre, au public qui se pressait à ses fééries… Le final du film est d’ailleurs l’un de ces spectacles, la « fête du paradis » qui se déroula du 17 au 19 juin 1518 et où les spectateurs découvrirent une danse de planètes et d’astres rendue possible par divers mécanismes scéniques (poulies, engrenages…) Un film enthousiasmant qui devrait être « prescrit » dans toutes les classes – du primaire au lycée – de France !

31 janvier 2024 en salle / 1h 37min / Animation, Biopic, Famille, Historique
De Jim Capobianco, Pierre-Luc Granjon
Par Jim Capobianco
Avec André Dussollier, Stephen Fry, Marion Cotillard
Titre original : The Inventor

 

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