A la porte du paradis, Michael Henry Wilson

Titre prémonitoire, A la porte du paradis, de Michael Henry Wilson est paru le 7 mai dernier aux éditions Armand Colin. Le 28 juin, un court article de Serge Kaganski dans Les Inrocks titrait sobrement : « Michael Henry Wilson (1946-2014), mort d’un vrai amoureux du 7ème art » Même pas trois semaines avant, on avait eu l’attachée de presse de son dernier livre au bout du fil…

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Connu pour ses livres issus d’entretiens avec les réalisateurs Clint Eastwood et Martin Scorcese, Michael Henry Wilson était bien plus qu’un critique de cinéma. Collaborateur de près de quarante ans à la revue Positif, il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages retraçant les trajectoires artistiques de Frank Borzage, Raoul Walsh  mais aussi Jacques Tourneur

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Auteur d’une thèse consacrée au cinéma expressionniste allemand, ce franco-américain à l’illustre parenté (le couple de diplomates Henri et Hélène Hoppenot étaient ses grands-parents) enseigna l’esthétique du cinéma pendant plusieurs années dans diverses universités parisiennes avant de passer à l’écriture et la réalisation de documentaires. On lui doit notamment When the Lion Roars: the MGM Story, un monumental documentaire sur les studios MGM en trois parties, narré par l’acteur Patrick Stewart. Plus récemment, il avait signé en 2010 un très beau film sur le parcours exemplaire de Nelson Mandela intitulé Reconciliation : Mandelas’ Miracle.

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Son sens de l’analyse filmique était servi par un souci constant du fait historique et de l’arrière-plan sociologique entourant la production des œuvres cinématographiques. Sa double culture et sa curiosité intellectuelle lui permettaient -chose relativement rare- de décloisonner les univers et les imaginaires, de décrire mieux que quiconque l’influence de la vieille Europe sur le cinéma de l’âge d’or Hollywoodien ou les cinéastes du Nouvel Hollywood…

Serge Kaganski saluait en Michael Henry Wilson un « infatigable explorateur du cinéma américain, érudit, curieux, le genre de savant amateur qui savait se garder des deux grands écueils des sachants : la cuistrerie et la pédanterie. » A tout cela, on ajoutera une magnifique plume, derrière laquelle, on préfère s’effacer pour rendre un ultime hommage. Il n’y aura pas de critique de son dernier livre, on dira juste au lecteur : si vous voulez comprendre quelque chose au cinéma, achetez-le… vous y découvrirez aussi les portraits de réalisateurs restés relativement méconnus en France ou ignorés par la critique. Extraits :

  • Albert Lewin (pages 263-264)

« Il y a un mystère Albert Lewin. Comment ce fin lettré de la Côte Est a-t-il pu se fourvoyer à Hollywood et offrir ses services à d’incurables ‘philistins’ comme Samuel Goldwyn ou Louis B. Mayer ? Comment cet intellectuel, qui entra en cinéma après avoir découvert Le Cabinet du Docteur Caligari et l’expressionnisme allemand, en est-il venu à produire les films de réalisateurs aussi plébéiens que Woody S. Van Dyke, Jack Conway, Tay Garnett ou Frank Lloyd ? Comment, enfin, eut-il la patience d’attendre vingt longues années dans le giron de la MGM avant de pouvoir combler ses rêves d’esthète en portant à l’écran la vie scandaleuse de Gauguin revue et corrigée par Somerset Maugham (The Moon and Sixpence)? (…)

Aux béotiens des studios californiens le timide Lewin réussit pourtant à imposer ses références les plus sophistiquées. Combien de cinéastes œuvrant à Hollywood ont-ils osé placer en exergue de leur film un aphorisme de Platon (The Living Idol) ou un verset des Rubayat d’Omar Khayyam (Dorian Gray et Pandora) (…) Ou faire appel aux recherches artistiques d’avant-garde en demandant à Darius Milhaud la partition de The Private Affairs of Bel Ami et à Max Ernst sa ‘Tentation de saint Antoine’ pour Dorian Gray ? Qui d’autre, à l’époque, aurait songé à visualiser le paysage mental d’Oscar Wilde en s’inspirant des dessins de Beardsley, en citant Les Fleurs du mal (qu’il faisait lire par Lord Henry-George Sanders) et en commandant le fameux portrait à Ivan Albright, un peintre adepte du ‘réalisme magique’ ? » (…)

A la Théogonie d’Hésiode il emprunte Pandore, l’émissaire de tous les maléfices, celle que façonnèrent les Dieux de l’Olympe quand Zeus voulut châtier l’homme coupable d’avoir reçu le feu prométhéen, mais c’est pour en faire la reine d’une tribu extravagante, échappée d’un roman de Fitzgerald ou d’Isherwood, qui chante ‘How Am I to Know?’ sur des paroles de Dorothy Parker. »

James Mason et Ava Gardner dans Pandora and the Flying Dutchman (1951).

James Mason et Ava Gardner dans Pandora and the Flying Dutchman (1951).

LA SEMAINE PROCHAINE : Tay Garnett par Michael Henry Wilson (extraits)

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La maison des sept pêchés, de Tay Garnett avec Marlene Dietrich et John Wayne (1940)

 

« À la porte du paradis – Cent ans de cinéma américain. Cinquante-huit cinéastes » de Michael Henry Wilson

39,00 €

Avant-propos de Martin Scorsese.

Format : Broché – 640 pages
Dimension (en cm) : 23 x 28
EAN13 : 9782200286453
Date de parution : 07/05/2014

 

 

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