Daybreak : guide parental sous acides ? Netflix

Et si Daybreak, la nouvelle série estampillée pour adolescents était en fait destinée à leurs parents ?

Avec une débauche d‘effets visuels, les réalisateurs de la nouvelle série Netflix mettent en scène un monde post-apocalyptique où seuls les adolescents n’ont pas été affectés par les bombes qui ont transformé animaux en mutants et adultes en zombies. Calquée sur les modèles de teen movies, Daybreak reconstitue les tribus auxquelles tout ado nord-américain est censé appartenir : les sportifs, les geeks, les gamers, les modeux, les cheer-leaders et autres pétasses et péteux populaires…

Avec les conséquences de l’apocalypse, les tendances de chacun se sont exacerbées et les modeux sont devenus encore plus vaniteux, inconséquents et superficiels, les sportifs, encore plus agressifs et égocentriques… mais Josh, le héros principal, un outsider, un étranger (il est canadien), qui ne pouvait être catégorisé dans aucun groupe, est resté le même. Les scénaristes l’ont même affublé du surnom « Just Josh » (seulement Josh) en opposition aux Gay Josh, Sport Josh et autres Josh savamment étiquetés.

Il ne vénère pas les Dieux du stade, et circule en skate. Il ne suit pas la mode mais possède son propre style. Il fréquente une école de riches à Glendale mais il est élevé par sa mère divorcée qui travaille le soir. Il est intelligent mais il fournit peu d’efforts en cours. On doit donc l’abattre, mettre un terme à cette anomalie.

Les cheerleaders sont devenues des Cheeramazons qui veulent abolir par tous les moyens possibles la domination masculine.

Josh est l’anti-héros par excellent et les premiers épisodes lui donnent l’occasion de partager sa morale personnelle avec le spectateur. Brisant régulièrement le quatrième mur pour s’adresser directement à nous, il se révèle solitaire, sûr de lui, cynique et adepte de la débrouille. L’humour de la série vole régulièrement au ras des pâquerettes, après tout, c’est une série pleine de mutants et de zombies, donc normal que le gore et le scato soient rois. Néanmoins, au risque de perdre le spectateur de base en chemin, les scénaristes ont surcomplexifié la trame narrative en donnant à voir chaque épisode d’après le point de vue d’un personnage différent à chaque fois. La situation initiale et les enjeux ne sont donc jamais les mêmes ce qui ouvre un boulevard des possibles assez intéressant.

Pour rendre ce méta-processus crédible, les réalisateurs ont multiplié les effets visuels et stylistiques. Quand l’histoire est racontée par le jock (sportif débile) Turbo qui ne s’exprime que par gargarismes incompréhensibles, des inserts de texte sont ajoutés près de sa bouche, les erreurs syntaxiques comprises. Quand il s’agit de Wesley, le faire-valoir (et accessoirement amant) du jock, qui a decidé de trouver la rédemption en embrassant la voie du samouraï, c’est l’immense RZA des Wu-Tang Clan qui narre l’épisode en voix-off et encourage le personnage à faire les bons choix.

Si l’humour est omniprésent, la violence de certaines scènes pourra heurter les spectateurs les plus jeunes. Ce n’est pas tant l’univers post-apocalyptique à la Mad Max qui est en cause que les flash-backs dépeignant la vie lycéenne d’avant le drame. L’établissement scolaire apparaît comme le lieu de toutes les injustices et de tous les harcèlements. Et les adultes sont bien évidemment responsables de cette débâcle générale. Pas étonnant alors qu’ils aient été transformés en créatures cannibales après les détonations.

Narcissiques, égoïstes, ils négligent leur progéniture quand ils ne l’abandonnent pas. Leur carrière, leurs rendez-vous personnels passent avant le bien-être de leurs enfants ou élèves. Ils n’assistent pas au match de qualification de leur fils pour parader auprès de nécessiteux. Chaque jeune héros déglingué est le produit des failles parentales : le sportif est devenu avide de reconnaissance et de pouvoir, il ne supporte pas de perdre. La fille de chercheurs, une manipulatrice pyromane. Seul Josh semble échapper à ces destins funestes mais c’est pour mieux être exploité par les autres.

Puisque la cellule familiale initiale est défaillante, il faut donc en reconstruire une avec les moyens du bord et une fois les personnages principaux bien présentés, les scénaristes n’auront de cesse d’offrir à Josh des opportunités de construire avec bienveillance sa propre tribu en dehors de toutes les normes et hypocrisies. Ce leitmotiv, ressassé dans chaque épisode, contribue paradoxalement à l’essoufflement de la série. Mais, au-delà du plaisir à découvrir un énième monde de zombies à l’écran (et une bande-son top!), Daybreak interroge chaque éducateur en nous : la violence d’un jeune n’est-elle pas toujours le symptôme d’un malaise plus grand chez les adultes ?

Depuis 2019 / Comédie, Drame, Fantastique
De Brad Peyton, Aron Eli Coleite
Avec Colin Ford, Alyvia Alyn Lind, Sophie Simnett, Austin Crute…
Nationalité U.S.A.

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