La fameuse invasion des ours en Sicile, Lorenzo Mattotti, 9 octobre

La fameuse invasion des ours en Sicile débute sur un air de tarentelle endiablée, au fond d’une caverne où se sont réfugiés un saltimbanque et une petite fille qui lui sert d’assistante afin d’y passer la nuit avant leur prochaine représentation théâtrale… C’était sans compter sur la présence d’un vieil ours affamé : pour éviter d’être dévorés sur le champ, ces deux dignes représentants de la Commedia dell’arte improvisent un récit peuplé de plantigrades qui combattent, avec l’aide d’un magicien versatile, un despote sicilien ridicule.           

Si La fameuse invasion des ours en Sicile nous fait prendre un bon bol d’air frais -la première partie du film se situe au milieu des montagnes enneigées– la construction gigogne du récit offre au spectateur plusieurs niveaux de lecture et abolit les frontières imposées par un espace-temps classique.

La pièce mise en scène par les deux nomades théâtreux n’est-elle qu’une satire du pouvoir politique et de la corruption morale qu’il entraîne ? Ou bien, hommes et ours ont-ils connu un âge d’or -dit âge de miel qui correspond à la deuxième partie du film- où tous cohabitaient en parfaite harmonie ? Et si oui, qui peut bien être ce vieil ours fatigué qui semble en savoir plus qu’il n’en a l’air ?

La caverne devient le lieu fantasmagorique où les artifices de la scène (jeux d’ombres et de lumières) donnent à voir des vérités jusqu’alors cachées. Le récit est marqué d’une profonde mélancolie : le roi des ours puis des hommes, Léonce, a perdu deux fois son fils, quand il lui fut enlevé par les humains pour jouer les funambules dans un cirque, puis quand les machinations d’un vil serviteur et l’isolement induit par le pouvoir créèrent des abîmes d’incompréhensions.

Néanmoins, malgré la tristesse de Léonce, le film entraîne le spectateur dans un tourbillon d’aventures trépidantes où s’agite un bestiaire de créatures merveilleuses : un troll qui se métamorphose en chat géant, un magicien squelettique qui a épuisé presque tous ses sorts, des fantômes, des sangliers volants

L’adaptation cinématographique du célèbre roman de Dino Buzzati est une réussite : la magie et l’intelligence du livre sont là et René Aubry compose une bande-originale qui accompagne à merveille les nombreux rebondissements mis en scène. L’ajout, par les scénaristes Jean-Luc Fromental (qui avait participé à Loulou, l’incroyable secret) et Thomas Bidegain, des deux personnages de baladins qui n’existaient pas dans l’ouvrage initial est une excellente idée : l’hommage à la commedia dell’arte est aussi un moyen de fluidifier et d’expliciter un récit, jugé par beaucoup inadaptable.

Enfin, le choix de couleurs éclatantes et très contrastées de l’auteur de bande-dessinées Lorenzo Mattotti qui fait ici ses débuts au cinéma comme réalisateur est graphiquement ensorcelant. La fameuse invasion de la Sicile par les ours est le film d’animation à découvrir cet automne.

Date de sortie : 9 octobre 2019 (1h 22min)
De Lorenzo Mattotti
Avec Jean-Claude Carrière, Jacky Nercessian, Leïla Bekhti…
Genre : Animation
Nationalités : italien, français

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