Mini critique estivale : Les faussaires de Manhattan, Marielle Heller, en salles

Écrire ses propres histoires ou écrire sur les autres : telle est la question ! Lee Israel, auteur de plusieurs biographies à succès dans les années 1970 (Miss Tallulah Bankhead, Kilgallen: A Biography of Dorothy Kilgallen) a le blues… Nous sommes au début des années 1990. Le monde a changé : personne ne s’intéresse plus aux esprits libres et sarcastiques qu’on pouvait rencontrer à Hollywood des années folles aux 1950’s. Lee Israel s’est laissée convaincre d’écrire un ouvrage sur Estée Lauder dont elle se moque bien. Résultat : les ventes de son dernier livre sont en chute libre et à la réception de son agent, elle fait tapisserie.

Les faussaires de Manhattan, biopic basé sur des faits réels, s’inspire de la rocambolesque carrière criminelle d’une ancienne journaliste et autrice à la mode. Acculée de toutes parts, criblée de dettes, en proie à l’angoisse de la page blanche, Lee Israel se met à embellir ou inventer des correspondances de stars qu’elle revend aux collectionneurs et libraires spécialisées.

L’actrice Melissa McCarthy (plus habituée aux registres comiques) campe à la perfection ce personnage solitaire et misanthrope, aussi caustique que les stars (le dramaturge Noël Coward, la scénariste Dorothy Parker, Marlene Dietrich, Louise Brooks…) dont elle imite par écrit le style. Elle est secondée avec superbe par Richard E. Grant, son partenaire (Jack Hock) dans le crime. Ce duo de losers magnifiques, jamais vraiment sortis de l’enfance, qui se moquent des convenances, font des blagues téléphoniques ou urinent sur des manteaux en fourrure de riches épouses compassées, cultivent malgré leurs excès une forme d’élégance et de morale sublime.

Tout amoureux de la grande pomme sera séduit par le film de Marielle Heller. Lee et Jack sont avant tout des produits d’un Manhattan révolu où il faisait bon se retrouver autour d’un scotch and soda dans de petits bouges enfumés au son d’un orchestre ou enregistrement jazz. C’est le New York enchanté de Woody Allen ; Marielle Heller n’en occulte pas moins les difficultés matérielles auxquelles sont confrontées celles et ceux qui choisissent de ne vivre que de leur plume.

En toile de fond de cette peinture satirique du New York littéraire des années 1990, une réflexion subtile sur la solitude de l’auteur qui, par manque de confiance en lui-même ou dévotion excessive pour ses modèles, choisit d’écrire sur les autres et par sur lui-même. C’est lorsque Lee est rattrapée par la justice et qu’elle ne peut plus s’effacer derrière ses fausses lettres qu’elle trouve les moyens de renouer avec le succès en écrivant sa propre autobiographie.

Date de sortie : 31 juillet 2019 (1h 47min)
De Marielle Heller
Avec Melissa McCarthy, Richard E. Grant, Dolly Wells…
Genres : Comédie dramatique, Biopic
Nationalité : américain

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