La grande messe, Méryl Fortunat-Rossi, Valéry Rosier, 3 juillet 2019

Tourné en juillet 2017 et 2016, l’excellent documentaire belge La grande messe nous transporte sur le Tour de France au col d’Izoard, au plus près de l’intimité de fervents disciples et de quelques pèlerins de passage. Véritable capsule temporelle rythmée par un tube d’Adamo (mais aussi par le Gloria de Vivaldi), La grande messe scrute le quotidien de plusieurs couples de retraités prêts à tout pour vivre jusqu’à leurs derniers instants un rêve éveillé cycliste, émouvant et cocasse à la fois.

C’est un drôle de récit qui se construit via le truchement du regard expert et discret de Méryl Fortunat-Rossi et Valéry Rosier. Si les confidences face caméra du début trahissaient le désir des interviewés de se mettre en scène (notamment les souvenirs du vétéran de la guerre d’Algérie ou les conseils féministes du flic), le compte à rebours amorcé par l’attente presque irréelle de l’arrivée des cyclistes plonge cette faune étrange de campeurs de bord de route (qui se déguisent, qui s’offrent des repas gourmets en solo, qui regardent Les Feux de l’amour) dans une transe contagieuse (sans avoir besoin d’être fan de vélo). Le spectateur atterrit dans une histoire située géographiquement, mais semble-t-il sans aucun réel ancrage spatial et temporel (malgré les images du défilé du 14 juillet avec Macron et Trump), qui évolue au gré des circonvolutions mentales des passionnés qui commentent dans leur camping car ce qu’ils voient à la télévision.

Film en perpétuel décalage, où l’attente créé du suspense (Qui seront les voisins de la dernière heure ? Ah, surtout pas des parisiens sans gêne ! Sera-t-on bien placé pour être filmé à la télévision ?), où l’immobilisme des couples retraités leur permet de gagner une dimension de personnages de cinéma à part entière, avec des back-stories qui apparaissent au gré des communications téléphoniques avec leurs proches (le fils qui ne viendra pas cette année sur le Tour), La grande messe établit une analogie pertinente entre passion du sport et religiosité. La ferveur de ces fidèles du Tour se lit dans les regards, larmoyants face au mémorial de Fausto Coppi et Louison Bobet, ou extatiques au passage de la caravane qui asperge, telle l’eau bénite, les fidèles de présents-bénédictions.

Un film original et visuellement très bien construit. A découvrir même sans être fan du Tour de France.

Date de sortie : 3 juillet 2019 (1h 10min)
De Méryl Fortunat-Rossi, Valéry Rosier
Avec acteurs inconnus
Genre : Documentaire
Nationalités : français, belge

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