Female pleasure, 1ier mai, Barbara Miller

Chaque seconde, elles sont mutilées, mariées de force à des inconnus, agressées sexuellement sur leur lieu de travail, violées en réunion ou par des supérieurs hiérarchiques, insultées, menacées, humiliées publiquement, enfermées et séquestrées. Qui sont-elles ? Des femmes du monde entier. New-yorkaises et juives, Somaliennes et musulmanes, Bavaroises et catholiques, Indiennes et hindouistes, Japonaises et sans religion… A partir de 5 portraits intimes de femmes engagées dans un combat international pour mettre fin au silence autour des violences de genre, l’excellent documentaire Female Pleasure dresse un constat inquiétant des nombreuses situations quotidiennes où les droits les plus élémentaires des femmes (liberté d’expression, accès à l’éducation, choix du conjoint, autonomie professionnelle…) sont bafoués.

Grâce à Female Pleasure, le spectateur voyage : du festival de la fertilité à Kawasaki au Japon en passant par Williamsburg, quartier hassidique de Brooklyn, via des escales à Londres, Berlin, Rome et le Kenya… Si le documentaire est construit autour de témoignages singuliers, il vise, à travers son universalisme, à construire des ponts entre les cultures et offrir aux femmes des tribunes publiques pour dénoncer les tabous entourant à la fois le corps et l’identité plurielle féminine.

On reproche souvent aux documentaires féministes de dresser un réquisitoire à charge contre le mâle. Ce n’est pas le cas avec Female Pleasure. Il dénonce certes à l’aide d’extraits édifiants des grands textes sacrés la collision d’intérêts entre les hiérarchies religieuses et le patriarcat; on peut ainsi lire du Talmud « Soit loué, Éternel (…) qui ne m’a pas fait femme » ou du livre 13 du Mahabharata « La principale faute des femmes est leur besoin insatiable de transgresser la modération qui leur est assignée. Cette faute fait d’elles la source de tous les maux. » Mais ce documentaire ultra-actuel n’omet pas de souligner le rôle des femmes, aïeules et moins jeunes, dans la transmission de modes de vie aliénants et indignes pour les jeunes filles. Ainsi, Leyla Hussein, militante pour l’interdiction des mutilations génitales, évoque l’assemblée de grands-mères, mères, tantes et cousines présidant à son excision quand elle avait 7 ans. Pourquoi des femmes ont-elle accepté qu’on brandisse un couteau et que l’on mutile atrocement une petite fille qui sera à jamais marquée dans sa chair ? Par fidélité aux traditions ? Parce qu’elles ont elles-mêmes enduré ce supplice ?

Female Pleasure décrit avec justesse et subtilité ce cycle traumatique qui s’installe de générations en générations quand on ferme les yeux sur l’indicible. A Rome, la supérieure de l’ordre L’œuvre admoneste Doris Wagner, sa jeune recrue, qui vient de prononcer ses vœux quand elle lui révèle les abus sexuels perpétrés alors qu’elle était novice par un prêtre de la même congrégation. Pour finalement la serrer dans ses bras et lui murmurer « Je te pardonne », manière peu charitable et tout simplement ignominieuse de faire endosser la culpabilité du criminel à la victime sans défense. Il va sans dire que les femmes qui osent prendre la parole deviennent des marginales aux yeux de leur famille et communauté d’origine. Et la libération de quitter ces milieux étouffants et malsains se paie : Leyla Hussein a dû changer trois fois d’adresse et Deborah Feldman a longtemps craint qu’on ne lui retire la garde de son fils unique Isaac. Mais comme l’explique cette auteure qui un matin, au volant de sa voiture, a tourné définitivement le dos à sa famille hassidique, la fuite est salvatrice.

Jamais dichotomique ou impudique, souvent drôle malgré la gravité des faits abordés, Female Pleasure bénéficie d’une superbe photographie , véritable écrin de lumière pour ces femmes étendard qui osent réfléchir, contredire, créer et militer pour un monde plus juste et beau. Ce n’est pas le sacré ou la spiritualité qui sont critiqués mais bien leur usage dévoyé par les hommes et la société. Pourquoi une femme devrait-elle être considérée impure pendant quinze jours en raison de ses menstruations ? Pourquoi n’a-t-elle le droit de porter le talith (voile sacré) ? Si un Dieu aimant existe pourquoi en ferait-il une esclave ? Avec le témoignage de l’artiste japonaise Rokudenashiko qui a failli être condamnée à 2 ans de prison pour avoir réaliser une impression 3D de sa vulve, on rit beaucoup mais on mesure le chemin à parcourir, même dans nos sociétés occidentales, pour créer un véritable rapport de confiance entre hommes et femmes. Un docu passionnant et nécessaire.

Date de sortie : 1 mai 2019 (1h 41min)
De Barbara Miller (XIX)
Genre : Documentaire
Nationalités : allemand, suisse, indien, japonais, américain, britannique

 

#FEMALE PLEASURE – film-annonce francophone from Juste Doc on Vimeo.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.