Marie Stuart, Reine d’Écosse, Josie Rourke, 27 février

Dans les films post-Me too, on retiendra cette surprenante relecture de la vie de deux souveraines mythiques, Mary Stuart, reine d’Écosse, et Elizabeth I, reine d’Angleterre, à la fois unies et antagonistes, victimes d’un même funeste destin royal. Si l’histoire retient qu’Elizabeth survécut à toutes les conspirations et mena une politique extérieure habile qui contribua au rayonnement international de l’Angleterre, celle qui se vantait d’être une reine vierge et proche de Dieu mourut sans descendance et ce fut le fils de Mary Stuart, l’héritier des couronnes d’Écosse et d’Angleterre qui lui succéda, réalisant ainsi le rêve de sa rivale, l’union des deux royaumes.

Cet énième film sur la rivalité des deux monarques bénéficie du talent de Saoirse Ronan qui, après Vanessa Redgrave en 1971, Camille Rutherford en 2013 (dans un drame suisse éponyme) ou Katharine Hepburn dans une production RKO de 1936, incarne le rôle titre. Avec la fougue et la malice qu’on lui connaît déjà, elle incarne une jeune reine victime des manigances de cour qui ose tenir tête à la fois à sa cousine, Elizabeth, aux nobles écossais, aux ambassadeurs et aux prédicateurs religieux (David Tennant est méconnaissable dans la peau de John Knox!).

Le film s’accommode bien de la réalité historique pour offrir un saisissant chassé-croisé de deux intelligences féminines qui s’épient davantage qu’elles ne s’affrontent pour mieux comprendre ce qu’elles possèdent en commun dans un monde d’hommes plus soucieux de leur pouvoir personnel que du bien-être des sujets. La scène de la rencontre -qui selon les historiens n’a jamais eu lieu- toute en voiles et bruissements symbolise avec grâce ce dévoilement progressif d’une vérité intérieure, inaccessible aux courtisans et conseillers, qui ne peut exister qu’en présence de l’autre reine, fantôme craint et désiré à la fois, dans un ultime jeu de miroir.

Credit: Liam Daniel / Focus Features

Assurément dames de cœur et de tête l’une et l’autre, elles ont pleinement conscience de la fragilité de leur autorité dans un monde où les femmes règnent à condition d’écouter les avis de leurs plus proches conseillers, des hommes qui ne voient en elles que des êtres prônes à la sorcellerie, la débauche, ou l’adultère. Ironie du sort pour Mary Stuart qui choisit de mourir en robe écarlate (symbole du martyr mais aussi de la prostitution), James Ier, son fils, se passionnera pour la démonologie et assistera au procès des sorcières de North Berwick. Dans ces conditions, l’une et l’autre choisissent des chemins divergents : Elizabeth décide de rester célibataire, incapable de faire confiance à un potentiel roi qui risquerait de lui voler sa couronne et Mary s’unit au contraire à un noble pour s’assurer une descendance et vivre, ne serait-ce que par procuration et de manière posthume, telle la reine qu’elle ne sera jamais.

Avec Marie-Antoinette, Sofia Coppola avait dynamité les codes du film d’époque à costume, accouchant d’un drame intimiste à l’ambiance ultra-contemporaine qui se voulait le portrait d’une adolescente aux envies pas si éloignées de celles d’une jeune fille aujourd’hui. Avec Marie Stuart, Reine d’Ecosse, la réalisatrice Josie Rourke offre des seconds rôles à des acteurs de minorités ethniques (Adrian Lester, Ismael Cruz Córdova, ou Gemma Chan) qu’on s’attend à voir peu représentées dans un film historique mais le coup de jeune offert au mythe historique repose sur une lecture genrée des forces politiques en présence. Des énergies qui se déploient presque essentiellement dans l’alcôve ou près des anti-chambres où écoutent les domestiques. Lord Darnley, par exemple, le mari soûlard et veule de Mary, fait assassiner le favori de la reine, le barde David Rizzio, moins par jalousie que parce qu’il n’assume pas sa propre féminité. Quant au demi-frère de Mary, c’est moins le trône qu’il vise que le rétablissement de sa masculinité émasculée par les paroles coupantes de sa demi-sœur.

Credit: Liam Daniel / Focus Features

Malgré leur jeune âge, les acteurs et actrices sont épatants, tous mis en valeur par une somptueuse photographie qui, avec les choix de mise en scène, concourent à créer d’impressionnants tableaux à la beauté caravagesque (la scène du meurtre de Rizzio, assassiné de 57 coups de dague, est aussi glaçante que sublime).

Date de sortie : 27 février 2019 (2h 04min)
De Josie Rourke
Avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Guy Pearce…
Genres Historique, Drame
Nationalités américain, britannique

 

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