Comme le vent, de Marco Simon Puccioni, le 16 juin

L’un des plus beaux portraits de femme au cinéma de ces vingt dernières années…. Le réalisateur Marco Simon Puccioni a choisi Valeria Golino -déjà magnifique dans Respiro d’Emanuele Crialese (2002)- pour incarner à l’écran Armida Miserere, dame de fer des prisons italiennes qui finit par se donner la mort un vendredi Saint -jour de la Passion du Christ-, le 19 avril 2003. La lutte contre la mafia -cheval de bataille d’Armida – n’est qu’une toile de fond à un thriller psychologique passionnant : qu’est-ce qui a bien pu pousser une femme aussi forte, respectée et crainte à se suicider ? Telle est la question centrale de ce film bouleversant.

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La personnalité complexe d’Armida est éclairée par les différentes relations qu’elle entretient avec les hommes de sa vie : son compagnon Umberto (Filippo Timi), un éducateur social, ses gardes du corps Stefano (Marcello Mazzarella) et Antonio (Salvio Simeoli), son amant Maurizio (Vanni Bramati) et son meilleur ami Riccardo (Francesco Scianna).  La prison est un monde masculin mais Armida réussit à s’imposer dans chacune de ses assignations -elle se retrouve régulièrement mutée dans des institutions de plus en plus sensibles. Ultra féminine, Armida est aussi à l’aise en tailleur-talons aiguille qu’en jogging. D’un regard, elle parvient à mater les prisonniers les plus récalcitrants tout en prodiguant de l’espoir et de l’amour aux détenus abîmés par la vie. Mais, c’est au travers des sentiments qu’elle inspire à ses collègues et subalternes que le spectateur parvient mieux à comprendre son geste final, qui apparaît finalement comme la conclusion d’une existence menée en accord avec elle-même.

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De la jeunesse d’Armida, on ne saura rien, excepté qu’elle est la fille d’un beau matelot qu’elle idolâtrait. C’est certainement cet amour fusionnel pour son papa qui l’a poussée à évoluer dans ce monde âpre et violent peuplé d’hommes. Armida, c’est la directrice de prison mais c’est surtout la Mamma, la sœur idéale et l’amante fantasmée de tous. Le soir, elle invite son escorte de protection à dîner chez elle, elle est toujours prête à se mesurer à Maurizio ou Riccardo à la course et au tir; même décoiffée et une cigarette au bec, elle reste sensuelle sans être aguicheuse. Comme le vent bénéficie bien évidemment du charisme de son actrice principale et d’une excellente photographie mais la réalisation, au plus près des corps et des visages, en plans rapprochés, montre comment, seule femme dans un groupe d’hommes, Armida est forcément un objet de désir.

Le portrait de cette directrice pénitentiaire presque trop parfaite va se fissurer au fil du film, ouvrant des béances dans l’âme d’Armida qui ne réussira jamais à se remettre de l’assassinat d’Umberto, son seul véritable amour. Umberto et Armida étaient les faces d’une même monnaie. De nombreux flashbacks font entrevoir l’intimité et l’extrême complicité du couple, palpable à l’écran : l’éducateur apportait beaucoup de fantaisie et de joie dans la vie d’une femme consumée par sa mission. Quant à Armida, elle ancrait le pédagogue idéaliste dans une réalité impitoyable dont il essayait de s’évader à tout prix. Le film, véritable tragédie dans son déroulement, s’attache moins à démêler les raisons qui ont présidé au meurtre d’Umberto -pas encore réellement élucidées aujourd’hui- qu’à montrer l’incapacité d’Armida à se reconstruire, à aimer de nouveau, à devenir mère. C’est tout le génie du réalisateur de suggérer la détresse d’Armida, les fissures dans sa carapace, à travers quelques détails : de plus en plus de racines dans ses cheveux teints, des cendriers plein de mégots ou une main qui tremble…

Le parcours d’Armida à l’écran, véritable chemin de croix imagé dans les dernières séquences,  ne transforme pas le film en un panégyrique en l’honneur d’une sainte martyr mais donne matière à réflexion. Dans une Italie gangrénée par la corruption et la mafia, autant l’approche punitive défendue par Armida (qui déclarait « ma prison n’est pas un hôtel de luxe ») ou celle, réhabilitatrice, d’Umberto semblent être vouées à l’échec. Un constat pessimiste pour un film qui n’en reste pas moins très lumineux, irradié par la lumière de Sicile, et traversé par un souffle de liberté, à l’image des longs travellings en voiture…symboles de la fuite en avant d’Armida.

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Date de sortie : 18 juin 2014 (1h52min)
Réalisé par Marco Simon Puccioni
Avec Valeria Golino, Filippo Timi, Francesco Scianna…
Genre : Drame, Biopic
Nationalité : Italien, Français

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