Détective Dee, la légende des rois célestes, Tsui Hark, 8 août

Ne cherchez pas le blockbuster de l’été parmi les géants américains : ils sont balayés d’un revers de main, comme Ant-Man et sa copine la guêpe (en salles depuis le 18 juillet), ou renvoyés aux oubliettes pour la clique des espions has been de Mission Impossible (sorti aujourd’hui) par un petit bonhomme à la fine moustache, un esprit logique qui ne possède pas de biceps mais une agilité incroyable… J’ai nommé Détective Dee, sorte de Sherlock Holmes chinois qui manie le sabre mieux que personne. Aux manettes de cette féérie acrobatique, Tsui Hark, qu’on ne devrait plus présenter, tant ses oeuvres, de Zu, les guerriers de la montagne magique (1983) à The Blade (1995) en passant par Il était une fois en Chine (1991), ont établi les films d’arts martiaux comme un genre à part entière, contribuant à mieux faire connaître en Occident la culture, l’histoire et la spiritualité chinoises.

La série des Détective Dee de Tsui Hark (il existe trois films) met en scène un héros qui a réellement existé. Le fonctionnaire Ti exerce les fonctions de juge au septième siècle après Jésus-Christ, pendant la dynastie Tang. Ses qualités d’enquêteur et de redresseur de torts lui valent de passer à la postérité et d’être célébré en Chine par plusieurs écrits gong an datant du 18ième siècle qui serviront de support au diplomate et sinologue Robert Van Gulik pour l’écriture de ses romans policiers popularisant le Juge Ti en Europe. Dans le dernier opus de Tsui Hark, le contexte juridique et politique passe au second plan. Certes, la soif de pouvoir de l’impératrice Wu Zetian (seule femme à régner en Chine) est à l’origine des attaques perfides menées contre l’humble juge mais ce qui compte c’est d’offrir au spectateur un spectacle de toute beauté puisant au cœur des multiples traditions magiques chinoises.

Dee doit affronter plusieurs ennemis. D’abord, les membres du clan mystique, capables de se transformer en torche vivante, de conjurer nuages et éclairs, de disparaître derrière un écran de fumée… Puis, les hommes sans visage aux pouvoirs bien plus destructeurs, héritiers de pratiques ésotériques indiennes. Alors qu’un dragon détruit une partie du palais impérial, le juge s’interroge. Assiste-t-il à de véritables actes de sorcellerie ou l’esprit des membres de la cour est-il simplement victime de sournoises illusions ?

Au-delà de la maestria des des combats aériens et des effets spéciaux (rendus encore plus impressionnants par une superbe 3D qui ne donne pas mal à la tête), ce qui frappe dans ce blockbuster répondant à toutes les attentes du spectateur en matière de divertissement estival familial, c’est son supplément d’âme. A travers des dialogues comiques, un récit rondement mené et des personnages bien campés, le dernier film de Tsui Hark propose une intéressante réflexion sur la peur comme fondement de toute tyrannie.

C’est par la peur que l’impératrice muselle les consciences. C’est la peur qui empêche le peuple (et surtout les différentes minorités ethniques – les hommes sans visage furent atrocement mutilés par l’Empereur) de se rebeller contre des lois et traitements iniques. C’est la peur d’être écarté du pouvoir qui dissuade certains hauts fonctionnaires de prendre les bonnes décisions. C’est aussi une forme de peur qui empêche le sage Yuance de quitter sa retraite.

Face à la violence qui semble s’abattre sur eux, les courtisans et gardes du palais préfèrent fermer les yeux. Or, l’intelligence du juge est de montrer que le pouvoir de l’impératrice ou des magiciens n’est qu’illusoire. Toute sorcellerie ou machination ne résistent pas face au courage et à l’union solidaire. Derrière le traditionnel hommage au wuxia (histoire mettant en scène un dèstre justicier), Tsui Hark livre une subtile critique de la Chine immémoriale.

Date de sortie : 8 août 2018 (2h 12min)
De Tsui Hark
Avec Mark Chao, Feng Shaofeng, Gengxin Lin…
Genres : Action, Fantastique
Nationalité : chinois

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