Capitaine Morten et la Reine des araignées, Kaspar Jancis, 15 août 2018

Quand on songe animation de qualité, on pense souvent aux personnages et scenarios inventifs de Pixar (avant qu’il ne soit racheté par Disney), au studio japonais Ghibli (pour ses fables environnementalesPrincesse Mononoké – ou ses récits initiatiquesLe voyage de Chihiro) et plus rarement aux productions scandinaves ou baltes. On a tort : le distributeur KMBO avait eu l’excellente idée de sortir en France les œuvres sylvestres et burlesques du norvégien Rasmus A. Sivertsen (Dans la forêt enchantée de Oukybouky, De la neige pour Noël…) et cet été, Septième Factory nous propose d’embarquer à bord d’un rafiot peuplé d’insectes, issu de l’imagination carnavalesque du réalisateur estonien Kaspar Jancis qui a collaboré pour son premier long-métrage avec les studios Nukufilm.

Capitaine Morten et la reine des araignées, petit bijou d’animation en stop-motion, est une féérie : le soin apporté aux costumes des personnages, à leurs voix et accents, aux multiples rebondissements rendus possibles par des récits gigognes entraînent le spectateur dans un imaginaire débridé qui ne respecte aucune loi de la physique et du temps. Par moments, on songe au Baron de Münchhausen de Terry Gilliam, ou aux classiques de la littérature de langue anglaise : Jack et le haricot magique et Les Voyages de Gulliver et plus précisément au chapitre durant lequel le navigateur Lemuel Gulliver échoue sur l’île des Lilliputiens, des hommes et femmes minuscules.

Récit initiatique, Capitaine Morten et la reine des araignées met en scène des personnages types de conte. Le héros est orphelin de mère et son père, marin au long cours, l’a confié à une famille de substitution composé d’une marâtre despotique, Anna, ex-danseuse de ballet estropiée, désormais affublée d’une main en fer (tiens, tiens, Capitaine Crochet n’est pas loin) et d’un substitut paternel complètement soumis et pitoyable. Morten a pour seule consolation les histoires qu’il s’invente pour animer ses maquettes de bateaux. Comme dans tout conte qui se respecte, il faut un deus ex-machina un peu étrange pour entraîner le héros hors de son domicile et lui faire vivre les fabuleuses aventures dont il rêve tant. Ici, point de fée, mais un magicien farfelu qui dans la version française répond au doux nom de Monsieur Cucaracha.

C’est bien connu, il faut toujours se méfier des saltimbanques, surtout quand ils transportent des artefacts aux pouvoirs magiques. A la suite d’une mauvaise manipulation, Morten se retrouve rapetissé, dérivant à bord de l’un de ses minuscules bateaux, hélas commandé par la reine des araignées, qui n’est autre qu’Anna. Rêve ou réalité ? En tout cas, il va lui falloir beaucoup de courage, d’ingéniosité et d’humour pour supporter les injonctions paradoxales de cette reine noire cannibale, capable de transformer en nourriture toute personne qui remet en cause son autorité et ses décisions complètement irrationnelles.

Comme dans toute histoire de marins, il y a bien sûr une chasse au trésor, des pirates, qui parlent avec l’accent de Marseille et dansent le tango, et quand le navire menace de sombrer irrémédiablement, des princesses réconfortantes qui ont la faculté de se transformer en pingouin ou en papillon.

Mais chut, on ne vous en dira pas plus… pour vous donner l’envie de découvrir la suite des tribulations de Morten, apprenti marin, petit garçon opiniâtre et plein de ressources. C’est drôle, surprenant et à la fin du film, on aimerait prendre la route avec le héros pour de nouvelles aventures magiques et exotiques.

Date de sortie : 15 août 2018 (1h 15min)
De Kaspar Jancis
Genre : Animation
Nationalités : estonien, irlandais, belge, britannique

 

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