Ecrire pour le cinéma et la télévision, Olivier Cotte

Écrire pour le cinéma ou la télévision, cela ne s’invente pas. Olivier Cotte, traducteur de l’ouvrage Métier : Réalisateur vous livre de très bonnes « recettes » pour réussir votre scenario. Selon Frank Capra, la conception d’un scenario est « la partie la plus difficile… la moins comprise et la moins remarquée » de la production cinématographique.

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Un bon scenario doit être intelligemment conçu mais son architecture ne doit pas être apparente aux yeux du spectateur. En un mot, il faut à tout prix éviter les grosses ficelles d’écriture. La construction narrative au cinéma et à la télévision a alimenté la réflexion de nombreux critiques et universitaires. Aux États-Unis, c’est à la fois un business, on paie très cher pour assister à une master-class de John Truby et un domaine de recherche : les cours de creative writing se multiplient dans le supérieur…

John Truby lors d'une master-class Photo : Laurent Strinus

John Truby lors d’une master-class
Photo : Laurent Strinus

Olivier Cotte ne se contente pas de consacrer plusieurs chapitres de son ouvrage aux théories développées dans les séminaires animés par les script-doctors Syd Field (fidèle à une structure en trois actes), Robert McKee (partisan de sous-intrigues) ou John Truby, plus axé sur le cheminement intérieur des personnages.  L’auteur fait aussi de notables incursions dans les domaines anthropologiques (le voyage du héros défini par Joseph Campbell) et théâtraux (les 36 situations dramatiques de Georges Polti)

Il est d’ailleurs intéressant d’établir des rapprochements entre, par exemple, le modèle anthropologique de la quête initiatique ou du roman d’apprentissage (Bildungsroman) conceptualisé par l‘anthropologue Joseph Campbell et les sept étapes du parcours du personnage de Truby. On se rend compte que finalement, le manque, l’appel de la nouveauté, le désir de modifier son existence sont toujours à l’origine des destinées les plus romanesques sur le papier et à l’écran.

Si Field et McKee semblent accorder plus d’importance à la construction (avec ses divers arcs narratifs et effets tels que les rebondissements/résolutions etc…) qu’à la psychologie des personnages, l’ouvrage d’Olivier Cotte insiste sur l’importance d’une bonne caractérisation des personnages : « Disons-le clairement, les personnages sont les éléments les plus importants du récit. » Ils ne doivent pas être qu’une « simple construction mentale » mais des êtres complexes qui garderont une part de mystère et susciteront l’intérêt du public. Il n’est pas nécessaire que les spectateurs s’identifient aux personnages, il faut juste qu’ils les comprennent.

Olivier Cotte suggère de doter les personnages de certains tics physiques ou vestimentaires, une manière de traduire à l’écran leur personnalité (Philip Marlowe/Humphrey Bogard dans Le Grand Sommeil se malaxe toujours le lobe de l’oreille quand il réfléchit) en faisant l’économie de dialogues ou back-stories ennuyeux. Pas besoin non plus de doter son scenario de personnages gentils, les films d’Étienne Chatiliez mettent en scène des hommes et femmes auxquels il est difficile de s’identifier (Tatie Danielle…) mais cela ne les empêche pas de « fonctionner. »

Là aussi, Olivier Cotte s’appuie sur les mythes pour offrir une classification de divers archétypes de héros et héroïnes au cinéma et à la télévision : Luke Sywalker est un Osiris, pas forcément très conscient de sa mission divine. Quant à Tony Soprano, c’est un Zeus dont les grandes décisions affectent l’ensemble des personnes qui l’approchent. De là à suggérer que certains personnages célèbres ont acquis un statut quasi divin…

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L’intérêt d’ Écrire pour le cinéma et la télévision réside dans les nombreux exemples concrets de films ou séries qui viennent étayer les concepts et théories développées par l’auteur. Olivier Cotte possède une immense culture cinématographique, qui se reflète dans la diversité des œuvres mentionnées, de La Jetée de Chris Marker à Requiem for a Dream de Darren Aronofsky en passant par Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau. Pour illustrer les effets d’une construction moins linéaire, il mobilise Memento de Christopher Nolan (scenario à rebrousse-temps), Elephant de Gus Van Sant (multiplication des points de vue) mais aussi Les choses de la vie (temps abstrait)…

Enfin du MacGuffin (raison qui fait courir les personnages mais dont tout le monde se fout) -popularisé par son inventeur Alfred Hitchcock– jusqu’au cliffhanger (situation qui tient le spectateur en haleine), tous les procédés narratifs ou techniques pour donner du peps à votre scenario (red herring ou fausse piste, implant, voix off, flash back, coup de théâtre…) sont analysés de manière très pragmatique, en pesant le pour et le contre.

Un ouvrage indispensable dans toute bibliothèque cinéphilique !

 

Écrire pour le cinéma et la télévision
Structure du scénario, outils et nouvelles techniques d’écriture créative
Olivier Cotte
Collection : Hors collection, Dunod
2014 – 224 pages – 170×240 mm
EAN13 : 9782100703715

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