Takara, la nuit où j’ai nagé, Damien Manivel et Kohei Igarashi, 2 mai, encore en salles

Avec cette fugue enfantine dans les grands espaces japonais enneigés sélectionnée à la Mostra de Venise, les coréalisateurs Damien Manivel et Kohei Igarashi, signent une épopée sans paroles et cris, où l’espace vide et le manque offrent au regard la possibilité de capter l’essentiel. Divisée en trois chapitres introduits par les titres « Un dessin », « La poissonnerie » et « Un long tunnel », l’aventure de Takara, petit garçon qui sur le chemin de l’école, bifurque, pour retrouver son père sur son lieu de travail, le marché aux poissons, est à la fois cocasse et poétique.

Les deux réalisateurs exploitent avec finesse les contrastes de lumière et de couleurs offerts par ces paysages recouverts de neige. En réduisant le temps du récit à une nuit, un jour et une dernière nuit, filmant au domicile du petit acteur (Takara Kogawa), avec sa propre famille dans les rôles clefs, Manivel et Igarashi puisent dans l’intimité et les objets familiers de leur héros, les éléments nécessaires à faire jaillir l’émotion et la réflexion. Les petits pas de Takara imposent une lenteur à cette histoire parfois elliptique. Dans tout geste et dispositif cinématographiques, il y a forcément mise en scène mais ici, la caméra, placée à hauteur d’enfant, n’instrumentalise pas son jeune héros pour faire passer un discours social ou légitimer une vision esthétique.

Takara, la nuit où j’ai nagé est peut-être le film de Damien Manivel et Kohei Igarashi mais l’histoire  n’appartient qu’à Takara, c’est lui seul qui la raconte, à travers ses mimiques, ses sourires, son dessin… Cela semble anodin, trivial, puéril, un dessin, et pourtant pour les enfants, cela exprime beaucoup de choses. Nous adultes, qui maîtrisons la parole tant parlée qu’écrite, qui, fiers et sûrs de notre savoir et de notre éloquence, nous nous faisons un devoir de transmettre les arcanes du langage qui, en disant, ment aussi parfois, on aurait tendance à mépriser les petits dessins… mais c’est pourtant le point de départ de cette belle aventure filmique et humaine. En se fondant dans l’univers de blancheur de cette famille japonaise, un monde fait de petits rituels -comme dans toute famille, où que ce soit dans le monde- les deux coréalisateurs accouchent d’un petit bijou visuel, fragile et précieux, en parfaite harmonie avec son sujet filmé… Rare.

Date de sortie : 2 mai 2018 (1h 18min)
De Damien Manivel, Kohei Igarashi
Avec Takara Kogawa, Keiki Kogawa, Takashi Kogawa…
Genre : Drame
Nationalités : japonais, français

 

Takara, La nuit où j’ai nagé – Bande annonce from Shellac on Vimeo.

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