My pure land, Sarmad Masud, 30 mai 2018

Le film sélectionné par le Royaume-Uni pour concourir aux oscars du meilleur film étranger est un huis clos haletant entrecoupé d’envolées oniriques et de flashbacks qui font prendre le large à trois femmes pakistanaises assiégées dans leur villa. Sarmad Masud s’inspire d’une triste histoire vraie, celle de Nazo Dharejo, aujourd’hui militante pour les droits des femmes, qui, adolescente, dut se battre (au sens propre comme au figuré) contre son oncle et une bande de voleurs armés pour ne pas se faire exproprier de sa propre demeure. A même pas un mois d’intervalle, deux films, My pure land et Parvana, dans des styles différents, le drame épique et l’animation, mettent en image l’amour inconditionnel de pères pour des filles qu’ils s’efforcent d’élever en hommes afin qu’elles ne finissent pas violées et assassinées.

Sous ces dehors de western moderne, ce premier film, très réussi, du réalisateur Sarmad Masud, est bien une magnifique histoire d’amour, celle d’un père, un Baba, aux allures de professeur et à l’âme d’un poète… qui, dans un Pakistan en proie aux guerres tribales et à l’obscurantisme, apprend à ses deux filles à lire et à écrire, à parler l’anglais aussi, mais surtout à se servir d’armes, seul moyen, malheureusement, pour elles de se défendre face aux hommes du village. Dans Parvana, l’héroïne, une petite fille, devait se couper les cheveux et se faire passer pour un garçon après l’arrestation inique de son père, afin d’aller travailler au marché et aider sa famille à survivre.

Ici, même type de situation, des hommes qui convoitent les terres de la famille (et surtout, qui ont en horreur l’instruction et l’égalité entre les sexes) se débarrassent, avec l’aide de policiers et de juges corrompus, des deux hommes de la famille : le fils aîné est assassiné et le père, malade, emprisonné et privé de soins. Les différentes étapes menant au siège de la résidence familiale sont montrées à l’aide de flashbacks, très efficaces, qui n’alourdissent nullement le récit, mais au contraire instaurent un réseau de miroirs et d’échos révélant les pensées des différents héros, leurs rêves et leurs espoirs à différents moments de cette singulière aventure collective.

Film tragique, parfois tire-larmes, My pure land, puise aussi au cœur des traditions orales pakistanaises pour offrir une échappatoire scénaristique et émotionnelle au spectateur : les épisodes oniriques relâchent la tension dramatique et montrent qu’en dépit de toute cette violence, ces pays sont les dépositaires d’un magnifique héritage culturel qu’il convient de préserver de toutes les turbulences tribales ou géopolitiques actuelles.

Date de sortie : 30 mai 2018 (1h 32min)
De Sarmad Masud
Avec Suhaee Abro, Eman Malik, Razia Malik…
Genre : Drame
Nationalité : britannique

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