Coby, Christian Sonderegger, 28 mars 2018

La Chrysalide
Le jeune réalisateur Christian Sonderegger pose un regard digne et lumineux sur les étapes de la transformation sexuelle de sa demi-sœur Suzanne devenue Coby, ainsi que sur la métamorphose de tous ceux qui l’aiment. Loin d’un docu de société comme du voyeurisme.

Après tout, le cinéma n’est qu’une affaire de point du vue. Cela depuis « L’entrée en gare de la Ciotat » ou « La sortie des usines des frères Lumières » et ce jusqu’à, y compris, ce « Coby » présenté pourtant comme une œuvre refusant le fictionnel. Seulement « 360° de panoramique équivaut à 360° de morale » disait Godard. Et Christian Sonderegger, le réalisateur de ce « Coby »  le sait parfaitement. Quand il filme son demi-frère en train de travailler comme urgentiste, ou bien chez lui parmi ses chiens ou à « soigner » ses poulets, ou encore à tondre sa pelouse, une fois le printemps revenu dans l’Ohio, il ne fait pas semblant. Il s’attaque bien au réel. Mais il choisit un angle. Il adopte un point de vue.

Un exemple. Filmant le repas familial du jeune « Trans » (Suzanne devenant Coby), avec père, mère, frère, belle-sœur et petit neveu, il cadre, en plan général, laissant au premier plan, deux places vides, afin de signifier « quelle est ma place dans cette famille où je n’ai pas été élevé ? » Précision : Sonderegger fut un enfant adopté par une famille française, mais sa mère américaine est celle de Coby. Mais également « qu’en était-il de la situation de Suzanne, au sein de cette cellule, quand elle décida, adolescente, de se transformer ? » C’est en fait, le fil rouge ou bien d’Ariane du film. Car il faut sans cesse revenir sur l’acquis au fur et à mesure que Suzanne se meut peu à peu en Coby. C’est parfois difficile ou douloureux. Ainsi quand une caissière de supermarché se moque du prénom féminin inscrit sur la carte de crédit qui lui présente ce barbu aux larges épaules. C’est parfois drôle. Il faut entendre Sarah sa compagne confier qu’elle voit Coby dans ses rêves, toujours armé d’un pénis conséquent, alors qu’ils sont installés, toujours en plan large, dans un drugstore de campagne, entourés de bocaux de bonbons, chocolats, pop corn aux divers parfums, et, surtout de pubs ventant des cônes ultra king size pour ice cream !   « Size does matter » conseille la réclame ! Et, chute finale, Sarah lui demande, s’il a besoin de ce pénis, pour se sentir un homme ! « Le cinéaste doit avoir un regard » dit Sonderegger.

Pourtant le jeune réalisateur refuse autant le « spectacle » de la souffrance que d’effectuer un quelconque portrait d’un extraverti affirmant même crânement sa différence. Il tourne le dos également au sujet de société. Il se garde d’émarger au registre LGTB. C’est bien Coby, les siens et son univers qui l’accapare. Si bien que chacun, papa, maman, le grand frère Andrew, Sarah, nous racontent, face à la caméra combien ils ont fait face. C’est par exemple le père confiant avoir intimé à sa future ex-fille de quitter le foyer pour une autre famille, si jamais elle en ressentait le besoin, mais, surtout, de ne pas fuguer. C’est la mère qui à l’occasion, lâche quelques mots de français, assurant que l’on ne devient pas transsexuel, mais que c’est inné, ou plutôt dû à un accident de grossesse et puis craque, elle, si sûre d’elle par ailleurs.

Mais la belle idée du film, consiste à avoir repris les successives vidéos postées sur Youtube, par Suzanne/Coby, de 2010 à aujourd’hui, où elle/il nous conte les étapes de sa transformation. Un véritable journal d’une chrysalide. Enfin, la dernière séquence nous laisse Coby partir sur le brancard d’un hôpital, allant vers l’ultime opération, celle de l’hystérectomie. La caméra reste là…

Jean-Louis IVANI

Date de sortie : 28 mars 2018 (1h 17min)
De Christian Sonderegger
Avec acteurs inconnus
Genre : Documentaire
Nationalité : français

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