L’insoumis, Gilles Perret, 21 février

La solitude du candidat après l’annonce des résultats du premier tour. Pour L’Insoumis le réputé documentariste Gilles Perret a suivi, la folle campagne des présidentielles 2017 de Jean-Luc Mélenchon. Avec distance et tact, mais sans pour autant perdre son point de vue. Surprenant. Rare.

Nous sommes à l’avant dernière scène (ou séquence si on préfère). Pour la première fois depuis que le tournage a commencé, quatre mois plus tôt, ce cinéaste et son candidat à la « Présidentielle » 2017 sont enfin seuls. Gilles Perret capte en plan fixe américain Jean-Luc Mélenchon de dos. Ce dernier regarde les toits de Paris, il ne dit mot. Il vient tout juste d’apprendre que pour quelques voix (et sans doute quelques jours supplémentaires de campagne), il ne sera pas du second tour, lui qui commençait à y croire. Alors que justement quatre mois plus en avant…

Nous sommes dans une chambre quasi monacale d’une auberge de jeunesse. Un lit « à étage », une table en formica recouverte d’une nappe en papier, une télé, un placard en fer. Cinq, six chaises néanmoins. Une cellule. Pas un bruit. Le QG de campagne des Insoumis, de la soirée de ce premier tour, est déserté. On devine que chacun est parti, répondre, expliquer, réconforter, espérer de nouveau. Militer quoi… D’ailleurs, il y a une minute ou deux, on a aperçu « dans le poste », Alexis Corbière, le directeur de campagne, répondre à la question incontournable : Va-t-il (lui est son Mouvement) appeler à voter Macron, resté face à Marine Le Pen ? Mais le plan immobile, comme l’actualité, se suspendent, à défaut de s’éterniser. Nous aurons, bien sûr, une séquence finale, chaleureuse, presque joyeuse, dans la rue d’en bas de l’auberge. Et que cela plaise ou non… Mais là, le documentariste et son « sujet » sont seuls. Il s’en est passé des meetings, des réunions de travail, , des séances de maquillage et de photos, des hologrammes, des tweets, des émissions, des coups de gueule (celle carrément sublime et quasi jouissive envers France Télévision !).

Aussi ce n’est pas vraiment à l’excellent film de Raymond Depardon,  Une partie de campagne de 1974, que nous songeons. Considéré comme le doc fondateur et quasi définitif sur les « présidentielles », Depardon suivant Valéry Giscard D’Estaing bientôt élu. Mais plutôt à La solitude du chanteur de fond de Chris Marker, de cette même année 74, le cinéaste accompagnant Yves Montand, dans ses tournées, mais demeurant en coulisses. La politique est aussi un sport de combat. Perret et Mélenchon, le savaient l’un et l’autre avant d’entrer dans l’arène ou de monter sur le ring. Mais ils ne se situent pas, l’un et l’autre, à la même place. Perret comme Marker éteint sa caméra et son micro alors que Mélenchon s’élance  dans le vide. Sauf à deux reprises. Quand sur le « Vieux Port » l’homme politique demande et obtient une minute de silence pour les enfants (une moyenne sordide de deux par jour) noyés en Méditerranée, et, plus tard, lorsqu’il termine son discours par un poème d’espoir… Autrement, Perret qui a gagné la confiance du tribun, choisit de filmer le « Off » tout en gardant une distance certaine. Ce qui nous permet d’entrevoir Jean-Luc derrière Mélenchon, bien que jamais la « vie privée » du personnage soit évoquée.


Deux scènes parmi d’autres : dans le port du Havre, le candidat épingle son pin’s, un triangle rouge, au revers de la blouse d’un jeune docker qui, en échange lui offre son casque de protection en lui souhaitant bonne chance. Le candidat repart les larmes aux yeux, pour fois, la voix mal calée : « Je sais maintenant que je ne me bats pas pour rien depuis des années ». « J’ai découvert quelqu’un qui fonctionne à  l’affect, en fait, voilà un vrai personnage de cinéma » dit Gilles Pernet. Puis, dans un TGV qui les mène on sait où, à quelques jours du premier tour, Mélenchon lui confie (ainsi qu’à nous) : « Si je gagne, je n’aurai remplacé personne, je n’aurai pris la place d’aucun. »

Le documentariste dit encore en présentant son travail : « Le résultat ? Je pense que ceux qui aiment Jean-Luc Mélenchon vont le trouver formidable et ceux qui le détestent  vont continuer à le détester. Par contre je pense que tous vont découvrir des facettes du personnage qui ne sont pas celles que l’on voit habituellement dans les médias. » Quant à ceux qui n’ont pas vu De mémoire d’ouvriers, Les Jours heureux et La Sociale, ils vont enfin connaître un cinéaste/documentariste aussi honnête que talentueux. Donc très précieux.

BANDE-ANNONCE L’INSOUMIS de Gilles Perret – sortie le 21 février from jour2fete on Vimeo.

Date de sortie : 21 février 2018 (1h 35min)
De Gilles Perret…
Genre : Documentaire
Nationalité : français

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