Non, de Eñaut Castagnet, Ximun Fuchs, 30 janvier

Il se dégage de Non, petit film au grand, beau et fort message, une énergie incroyable. Dans la cour d’une usine, c’est la fête, on fait griller des merguez, sur l’estrade, les musiciens se lancent dans des morceaux endiablés, les enfants dansent et se poursuivent entre les adultes qui s’amusent, parlent et se disputent. Les bannières et drapeaux indiquent qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle kermesse, on se retrouve plongé au sein de familles de travailleurs… qui viennent d’être licenciés ! La caméra, portée à l’épaule, bouge à toute allure, au plus près des corps et le spectateur se sent aspiré par ce tourbillon de mouvements frénétiques. Ce décalage constant entre la joie débridée des personnages et la gravité des événements qui leur tombent dessus caractérise le mieux cet étrange long-métrage choral.

Porté par Ximun Fuchs (également co-réalisateur) dont le visage, aussi effilé qu’une lame de rasoir, symbolise toute la colère du groupe, Non ne se contente pas de dénoncer la violence inique qui s’abat chaque jour sur des milliers de travailleurs qu’on a tôt fait de qualifier de réactionnaires (ils ne souhaitent pas s’adapter) au de fainéants (ils protestent et refusent d’être productifs) au lieu de pointer du doigt cette redistribution des richesses –du bas vers le haut– exercée sous couvert de mondialisation et de course à la consommation. Film politique, Non fait le pari de dénoncer par l’absurde et la poésie. Longue cavale d’un travailleur qui au terme d’une pesante journée débutée par son licenciement assomme une policière venue le contrôler, Non emprunte des sentiers de traverse oniriques (la rencontre avec le clochard), burlesques (le face à face avec la fille de la victime dans le bus) et fantastiques, presque lynchéens (le repas avec le patron de l’usine) pour défendre la liberté.

Écrit au lendemain de l’affaire de la chemise d’Air France (où une bonne partie de la France trouvait plus violent la destruction d’oripeaux de luxe que la plongée dans la pauvreté de plusieurs familles), Non est un film nécessaire auquel on pardonnera ses nombreuses maladresses : une caricature des fonctionnaires de police décrits comme des tortionnaires pervers (alors que certains militent aussi à la CGT et qu’heureusement, tous ne sont pas sourds aux revendications sociales), une tendance à la théâtralisation des dialogues, mais peut-être est-il nécessaire de le rappeler, la plupart des acteurs sont issus de la troupe du petit théâtre de pain

Si le film perd un peu de son énergie créatrice dans une seconde partie trop axée sur les états d’âmes des personnages secondaires (l’épouse frustrée du patron, la compagne désespérée du syndicaliste, la policière en mal de justice -féministe et personnelle, le flic accro aux prostituées), l’explosion gore finale semble la conclusion logique à cette cavale d’un héros solitaire érigé en victime sacrificielle d’un monde sans foi ni loi.

Date de sortie : 31 janvier 2018 (1h 42min)
De Eñaut Castagnet, Ximun Fuchs
Avec Ximun Fuchs, Hélène Hervé, Fafiole Palassio…
Genre : Drame
Nationalité : français

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