Pris au piège, Alex de la Iglesia, en DVD/Blu-ray le 5 septembre

attention spoilers.

Pris au piège, le dernier film d’Alex de la Iglesia, projeté dans de nombreux festivals (Berlinale, Étrange Festival 2017), démarrait plutôt bien. A la sortie d’un bar, deux hommes se font abattre d’une balle en pleine tête. En pleine menace terroriste, le reste des clients préfère se terrer à l’intérieur, d’autant plus que le quartier semble immédiatement avoir été vidé de ses habitants. On se disait qu’Alex de la Iglesia allait surfer sur la paranoïa engendrée et entretenue par l’éventualité d’une menace permanente et l’instauration de l’état d’urgence… A un moment, quand les deux cadavres disparaissent sans laisser de traces, on a cru que le chemin qui semblait balisé dès le départ bifurquait vers un inconnu proche de l’univers mystérieux et retors de la 4e Dimension. Hélas, après une première demie-heure intéressante pour l’ouverture -aussitôt refermée- de pistes scénaristiques alléchantes, le récit s’embourbe dans un jeu de massacre autour d’un virus tueur, thème cent fois rabattu au cinéma… et pour clore le tout, bien mieux mis en scène avant.

Plusieurs choses auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. La photo, tout d’abord, affreuse…mais c’était croyait-on pour donner un côté documentaire au film. Les personnages caricaturaux ensuite. Une vieille bourgeoise accro aux machines à sous, une trentenaire fleur bleue mais scotchée aux sites de rencontres, un créatif avec la panoplie complète du hipster, un ex-flic alcoolique, un VRP aux mœurs sexuelles pas très claires, un clodo aux yeux fous qui cite la Bible… mais on pensait que tout ce beau monde, entraîné dans un huit-clos (le « bar » du titre original) qui promettait d’être haletant, servirait une satire sociale acerbe basée sur un solide scenario.

Las, le problème majeur du film provient des incohérences scénaristiques. Elles sont tellement nombreuses qu’on a envie d’interpeller avec familiarité le réalisateur et lui lancer « arrête de nous prendre pour des cons. » L’outrance de certaines situations rappelle les premiers films d’Almodovar, l’acuité sociale en moins. Et l’exubérance baroque des Sorcières de Zugarramurdi a laissé la place à un suspense de pacotille, rendu invraisemblable par des milliers de -gros- détails qui clochent. Alors qu’enduit d’huile d’olive, le clodo n’arrivait pas à se glisser dans la canalisation, les autres personnages y parviennent ensuite tous -même les plus gros- comme par magie. Le hipster réussit à camoufler sous ses vêtements un pistolet sorti des braises sans pousser un hurlement… Quant au téléphone du mort, il est toujours opérationnel alors que tout le bar a brûlé. etc etc…

Bref, un film -long, très long- qui déçoit beaucoup et qui en dépit du buzz dont il bénéficie confirme une fois de plus qu’Alex de la Iglesia doit se renouveler.

Pour l’exploration de la propagation du sentiment de panique, on préférera Panique dans la rue d’Elia Kazan ou Appel d’Urgence (Miracle Mile) de Steve De Jarnatt qui est ressorti en version restaurée en juin dernier (et dont la scène finale vaux mille fois la vision porno chic et un brin misogyne qui clôt le film d’Alex de la Iglesia). Quant à la bonne vieille thématique de la contagion et de la survie en milieu hostile, n’importe quel film de zombie -mais on conseille le cubain Juan de los Muertos d’Alejandro Brugués- fera mieux l’affaire.

Date de sortie : 30 août 2017 en VOD (1h 46min)
De Álex de la Iglesia
Avec Mario Casas, Blanca Suárez, Carmen Machi…
Genres : Thriller, Comédie

 

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