Tombé du ciel, Wissam Charaf, 15 mars

Qu’est-il réellement arrivé à Samir, le héros de Tombé du ciel, qui réapparaît soudain dans la vie d’Omar, son petit frère, devenu garde du corps à Beyrouth ? Dans La Vallée, autre film libanais réalisé par Ghassan Salhab en 2014, il était également question de mémoire perdue à travers un personnage fantomatique, qui déchaînait les passions après avoir été retrouvé étendu inconscient sur une route de montagne. Rien de tel avec Samir qui, s’il cultive -involontairement ?- le mystère autour de sa disparition, évolue comme un poisson dans l’eau dans l’univers absurde de la grande ville. Inscrivant son film dans une veine burlesque, le jeune réalisateur Wissam Charaf s’évertue à traiter de grandes questions universelles (le deuil, la perte) sur un ton léger, voire badin.

Tombé du ciel est comme une grande conversation entre deux frères que tout sépare et rassemble, une discussion qui reprend, après plusieurs années de silence et qui est tour à tour enjouée, complice, passionnée, pleine de non-dits, de reproches muets mais aussi d’amour sincère et de solidarité. Tandis que Samir redécouvre -avec une certaine malice- le chaos ambiant qui règne à Beyrouth, Omar tente, lui, de faire ce qu’il faut dans la vie. Pour ce grand colosse qui bosse dans la sécurité, c’est d’abord une question de tenue : chemise blanche ou noire pour instiller la peur sans trop effrayer ? Quant à son meilleur ami qui cherche une méthode rapide pour apprendre l’allemand, quel livre choisir ?  Ce sera Mein Kampf, un condensé d’histoire culturelle germanique.

Pour ces jeunes hommes forcés de choisir entre l’exil et la débrouille, le politiquement correct n’est pas envisageable. Dans l’univers très masculin mis en scène par Wissam Charaf, les bazookas servent de porte-manteau. On vit au jour le jour, dans une sorte de présent immédiat où le quotidien est envahi de vagues réminiscences du passé. Elles se manifestent telles une mélodie entêtante avec le leitmotiv sénil du grand-père qui, fier d’être libanais, énumère régulièrement les envahisseurs (romains, croisés chrétiens, anglais) boutés hors du pays !

Wissam Charaf ne se contente pas de parsemer son film de gags; son travail sur le cadre et les décors urbains (des plans fixes sur des lieux du quotidien comme un fast-food ou un salon de pédicure enchantés par une belle colorimétrie) transporte les personnages dans un espace-temps décalé qui sied parfaitement à ces héros coincés dans un pays en apesanteur, entre Orient et Occident. Un premier long-métrage de fiction prometteur après le documentaire It’s all in Lebanon.

Date de sortie : 15 mars 2017 (1h 10min)
De Wissam Charaf
Avec Raed Yassin, Rodrigue Sleiman, Said Serhan…
Genre : Comédie dramatique
Nationalités : Français, Libanais

 

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