Pulsions, Brian de Palma (1981), ressortie le 22 juin 2016

Il y a deux façons d’apprécier le film culte de Brian de Palma, Pulsions (Dressed to Kill), qui ressort sur nos écrans ce mercredi. La première est de se prendre au sérieux et d’analyser ce thriller érotique à l’ambiance très 80’s à l’aune de Psychose, le chef d’œuvre hitchcockien auquel il fait notamment référence dans deux scènes de douche anthologiques, habilement situées en ouverture et clôture du film. Si l’on adopte ce point de vue, Pulsions, malgré la virtuosité de sa réalisation, apparaît bien vite comme un sous-produit cinématographique, un « presque remake » raté, assez vulgaire et caricatural tant du point de vue de la psychologie des personnages que du suspense, entretenu par un voyeurisme qui prend sans cesse le spectateur en otage des fantasmes du réalisateur.

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Si par contre, on accepte de se laisser embarquer dans une singulière histoire de mystérieuse tueuse à la perruque blonde, de prostituées enquêtrices de choc et de jeune prodige des sciences chevalier servant, en fermant les yeux sur tous les énormes trucs employés par De Palma pour faire rebondir l’action, alors, on est face à un film, qui au-delà de l’hommage au maître Hitchcock, constitue une véritable leçon de cinéma. Brian de Palma joue avec le spectateur, ses nerfs, sa capacité à détecter ou déchiffrer des signes dans les jeux de miroir, l’alternance des genres, les références cinématographiques, la bandeson… Le réalisateur bouscule les codes narratifs classiques, inclue des séquences oniriques à des endroits incongrus comme pour mieux diluer l’identité de son étrange production…

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La première partie, portée par la bande-son sirupeuse à souhait de Pino Donaggio, lorgne clairement du côté de soap-opera et l’on suit Kate Miller, une ménagère désespérée (desperate housewife) dans son train-train quotidien, rythmé par une partie de jambes en l’air conjugale rapide et ratée, une visite à son psychiatre (Michael Caine) et un après-midi au musée… Sauf que cette épouse frustrée est interprétée par Angie Dickinson qui insuffle une gravité et une profondeur inespérées à ce type de personnage. Et bientôt, l’érotisme assez cheap du début fait place à une scène de drague romanesque et inquiétante à la fois, au milieu de tableaux de maîtres. De Palma abuse des gros plans pour filmer le trouble et la culpabilité qui se sont emparés de son héroïne principale, laquelle, à l’instar de Marion Crane dans Psychose, payera de sa vie son incartade morale… et disparaîtra définitivement du film après son entrée fracassante dans l’univers adultérin.

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On a souvent reproché à De Palma d’être misogyne. Certes, les héroïnes de Pulsions se font toutes malmener, que ce soit la malheureuse Kate Miller, Liz Blake (Nancy Allen), la prostituée témoin du meurtre de Kate, ou l’infirmière psychiatrique en tenue affriolante… Mais, ici, aucun jugement moral. L’alter-égo du réalisateur n’est pas le jeune scientifique Peter Miller, timide puceau qui enquête sur la mort de sa mère à l’aide d’appareils technologiques lui offrant la possibilité d’entrer dans l’intimité de personnes troubles… Non, l’alter-égo de De Palma c’est Liz Blake (interprétée par son épouse et muse Nancy Allen). La jeune femme est capable de naviguer d’un monde à l’autre, des hauteurs du Sheraton Hotel à la rame de métro new-yorkaise la plus sordide. A travers son regard, De Palma nous propose de passer de l’autre côté du miroir, derrière la façade bien proprette d’un cabinet médical réservé à une riche clientèle… Afin d’éviter de succomber à cette plongée en eaux troubles, il ne faut pas être dupe des illusions. Et De Palma, connu pour avoir professé « La caméra ment, elle ment 24 fois par seconde » multiplie les faux indices visuels (comme les images captées par la caméra de Peter) et sonores (les changements de tonalité dans la bande son) pour nous faire basculer dans le slasher le plus gore sans jamais quitter l’étude de mœurs.

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Certains objets changent de main (le rasoir du tueur est donné à la prostituée par la victime ensanglantée) et ces passages de relais marquent des changements de points de vue. De la même manière, le fétichisme chez De Palma n’est jamais gratuit. Il alimente ou répond à une pulsion scopique : les personnages de De Palma sont tous des voyeurs, des Peeping Toms qui observent, par les fenêtres, à travers de jumelles, sur un écran de télévision (la séquence en split screen), dans un rétroviseur, un miroir ou le reflet d’une lame de rasoir (qui rappelle l’arme du tueur de Ténèbres de Dario Argento) ce que l’Autre -leur double rêvé ou au contraire leur prédateur et nemesis– sont en mesure de leur offrir. Une plongée dans l’inconscient et une ode au cinéma comme machine à rêves et à cauchemars.

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Date de reprise : 22 juin 2016
Date de sortie 15 avril 1981 (1h46min)
De Brian De Palma
Avec Michael Caine, Angie Dickinson, Nancy Allen, Keith Gordon, Dennis Franz…
Genres : Thriller, Epouvante-horreur
Nationalité : Américain

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