La vallée, Ghassan Salhab, 23 mars

La Vallée, du réalisateur libanais né à Dakar Ghassan Salhab, est certainement l’une des propositions cinématographiques les plus stimulantes de l’année 2016. A la croisée du film de genre et d’auteur, La Vallée est un voyage sans retour dans la Bekaa dévastée. Mais, les ravages de la guerre, ne sont montrés qu’en toute fin de film, accentuant un peu plus l’impuissance d’un groupe de personnage qui évolue les 2/3 du film en vase clos.

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La Vallée, c’est l’histoire d’un grain de sable dans la machine bien huilée d’une bande de trafiquants de drogue. Un type élégant, surgi de nulle part, ensanglanté après une sortie de route, est recueilli par un groupe d’hommes et de femmes qui vivent ensemble, retirés, au fond de la vallée. Comme dans toute famille dysfonctionnelle ou sectaire, les différences d’âge sont estompées et l’on ne sait pas trop qui est l’amante ou la fille de qui.

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L’hôte amnésique se transforme rapidement en otage et déchaîne les passions. Privé de mémoire, et incapable de savoir ce qui lui manque, il est celui qui ravive les souvenirs et exacerbe les désirs. A l’aide de superpositions et d’une prolifération de signes (manifestés par la présence animale notamment), Ghassan Salhab donne à voir ce qui se passe dans la tête des personnages. Le blessé agit comme une sorte de révélateur photographique, qui ferait apparaître des images mentales parasites.

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La guerre n’est qu’une toile de fond, mieux, un mirage. La vie des trafiquants est tellement bien orchestrée qu’ils évoluent en dehors du temps, étrangers aux problèmes politiques qui divisent le pays. Les menaces terroristes, scandées via les flash infos grésillants d’un vieux transistor, apparaissent pour ce qu’elles sont peut-être, de la propagande, un écran de fumée pour masquer le pire à venir…

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Les repas, préparés avec le plus grand sérieux par un parrain qui nourrit les corps et les âmes, rythment les journées de malfaiteurs qui s’évadent par la peinture, la boxe, le chant ou la poésie. Car ces criminels sont des artistes et c’est peut-être là, la plus grande trouvaille du film, montrer à travers des corps libérés, étrangement aimants que même la plus noire des âmes, au plus profond de la nuit, cherche à vivre et échapper à la mort… sans discours politique, certainement le plus beau film sur le Proche Orient et l’absurdité de toute guerre.

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Réalisateur : Ghassan Salhab
Avec : Carole Abboud, Fadi Abi Samra, Mounzer Baalbaki, Carlos Chahine, Yumna Marwan…
Genre :
 Drame
Année :
 2014 / Prix Fipresci à Fribourg

 

 

 

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