Dough, John Goldschmidt, 5 mai 2016

Dough est un film pétri de bonnes intentions. Dans le dossier de presse destiné aux journalistes nord-américains, le réalisateur, John Goldschmidt, affirme que la comédie est l’un des moyens pour désamorcer les tensions croissantes entre les communautés juives et musulmanes. Pour traiter cet épineux problème, il s’est appuyé sur une histoire cousue de fil blanc, pondue par Yehudah Jez Freedman, un jeune scénariste rencontré au Groucho Club dans le quartier de Soho à Londres.

Un jeune noir musulman, qui essaie de mettre un peu d’argent de côté en dealant, accepte d’être embauché dans la boulangerie juive où sa mère travaille comme femme de ménage. Cela lui fournit une couverture pour ses activités illicites. La confrontation entre le patron, vieux boulanger religieux, et ce jeune gamin des banlieues, aurait pu donner naissance à un énième conte caricatural sur la tolérance et le vivre-ensemble. Le film regorge de personnages stéréotypés, du méchant promoteur qui veut s’accaparer la petite boulangerie pour construire un parking au fils arriviste qui s’est détourné des « vraies » valeurs familiales. Pourtant, Dough réussit à surprendre grâce à l’étrange lien filmique qui s’établit entre Jonathan Pryce, vétéran de l’interprétation, connu pour son rôle de Sam Lowry, dans Brazil de Terry Gilliam, et Jerome Holder, qui joue Ayyash, son apprenti.

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Jerome Holder a peu d’expérience, cela se ressent devant la caméra mais ce désavantage se révèle plutôt une formidable opportunité pour le film qui gagne en sincérité. Lorsque le jeune acteur se retrouve devant sa bande de pote zonards et surtout lorsqu’il essaie de gagner l’estime de son vieux patron grincheux, le spectateur y croit complètement. La relation filiale entre les deux acteurs de divers univers est le principal atout de ce film sans prétentions. Plein de bons sentiments, Dough ne pouvait que bien finir. Si les enjeux dramatiques ou la dimension sociologique de départ sont rapidement évacués, le film réussit à capter l’attention du spectateur -et à le divertir en même temps- en se recentrant sur ce duo improbable. Jonathan Pryce, acteur trop souvent cantonné à des rôles mineurs au cinéma, est génial d’ambiguïté, raciste et tolérant en même temps, observant des lois mais prêt à tout pour défendre son territoire et ses rêves, colérique mais aussi doux et patient…

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L’une des plus belles scènes est celle où l’on voit en parallèle Nat Dayan entourer ses bras des lanières de cuir qui retiennent ses tefilin et le jeune Ayyash se prosterner vers la Mecque dans le silence et la solitude de l’aube… Une manière de montrer que malgré tous leurs défauts et failles, ses deux hommes se ressemblent, partagent la même soif de justice et peuvent s’apprécier mutuellement. Nat Dayan rappellera peut-être aux lecteurs du regretté Stuart Kaminsky, l’un de ses personnages les plus réussis, Abe Lieberman. Flic à Chicago, il possédait un amour du genre humain qui lui permettait d’entretenir d’aussi bonnes relations avec les dealers ou prostituées Latinos que les vieilles dames de la synagogue.

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Présenté au Arras International Film Festival en novembre dernier, le film devait sortir le 27 janvier 2016. La sortie a été reporté sine die. Espérons que ce film, aux gags inégaux et au scénario mal ficelé, sortira quand même, tant son message, sympathique et porteur d’espoir, est nécessaire en ces temps troublés. Article initialement publié le 16 janvier 2016, sortie nationale le 5 mai.

Date de sortie : 5 mai (1h 34min)
De John Goldschmidt
Avec Jonathan Pryce, Jerome Holder, Malachi Kirby, Daniel Caltagirone…
Genre : Comédie dramatique

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