Le bouton de nacre, Patricio Guzmán, 28 octobre

Depuis ses premiers films documentaires, Patricio Guzmán a opéré un virage dans son approche scénaristique. Il ne se contente plus de récolter des témoignages sur les meurtres perpétrés lors de la dictature de Pinochet ou ici, pour Le Bouton de Nacre, sur le génocide des Premières Nations de la Patagonie, il entraîne le spectateur dans un conte philosophique où l’infiniment petit dialogue avec le macroscopique. Une manière de rappeler à l’homme sa modeste place dans l’univers et surtout l’interdépendance qui existe entre chaque forme de vie et de matière à l’échelle interstellaire.

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Délaissant les roches du désert de l’Atacama qu’il avait filmées dans Nostalgie de la lumière, Patricio Guzmán s’intéresse ici à l’eau, sous toutes ses manifestations, ruisseau, gouttelettes de pluie, torrent, océan…  Et pour parler de cette richesse naturelle dont s’est complètement détourné le gouvernement chilien, le réalisateur part à la rencontre des derniers représentants des Peuples de Patagonie. Habiles marins, pêcheurs et plongeurs, ils ont parfois traversé le Cap Horn en canoé et connaissaient les chemins labyrinthiques reliant chacune des îles de l’Archipel du sud.

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Les Amérindiens interviewés par le réalisateur évoquent leurs souvenirs d’enfance heureux et innocents; les questions du réalisateur, intelligentes et sensibles, mettent en lumière le rôle joué par les colons et les missionnaires dans l’anéantissement de cette culture ancestrale et l’importance, aujourd’hui, de sauver la langue parlée par cette vingtaine de survivants. En filigrane, toujours, comme une mémoire hantée par le drame, la comparaison entre les sévices dont furent victimes les partisans de Salvador Allende et les violences morales et physiques perpétrées sur les premiers habitants du Chili. Le drame de ce pays semble celui de la terre toute entière dont les montagnes, les mers, les rivières regorgent de cadavres des temps passés, déposés et enfouis par la raison du plus fort…

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Et pour comprendre l’origine du mal, Patricio Guzmán remonte le temps, sur les pas de Jimmy Button, un indigène qui, en échange d’un bouton de nacre, avait accepté de traverser l’océan pour se rendre en Angleterre. Transplanté en pleine révolution industrielle, il troqua ses peintures spirituelles pour des vêtements occidentaux et ne fut jamais vraiment le même… A la recherche de l’innocence perdue, Guzmán croise la route d’autres originaux, des poètes comme lui, des marginaux sans nul doute aux yeux de beaucoup : un anthropologue qui parle la langue de l’eau, une plasticienne qui avec quelques morceaux de cartons redonne de l’unité à un pays déchiré

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Parce qu’il aime profondément l’être humain et veut continuer à chanter et filmer la beauté de l’univers malgré la mort, le réalisateur s’entoure donc d’artistes et amis… Il fait aussi appel à des images de synthèses et autres effets spéciaux pour montrer l’explosion d’une super nova ou la navigation… Alors tant pis si le fil ténu qui relie le bouton de nacre de Jimmy à celui accroché au rail de Pinochet menace de se rompre, le dernier film de Patricio Guzmán transcende son travail de mémoire habituel pour accoucher d’une œuvre éminemment poétique qui tout en exhumant les fantômes du passé livre un message d’avenir optimiste.

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Date de sortie : 28 octobre 2015 (1h22min)
Réalisé par Patricio Guzmán
Genre : Documentaire

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