Oriana Fallaci, Marco Turco, le 5 août

La vie mouvementée d’Oriana Fallaci, journaliste italienne qui a documenté les grands conflits géopolitiques du vingtième siècle, était assurément un bon sujet pour le cinéma.

Jeune femme intrépide, Oriana traverse l’Atlantique au début de sa carrière pour signer des portraits de célébrités hollywoodiennes qui alimenteront les chroniques mondaines et insuffleront un ton impertinent à cet exercice de style. Son premier livre, Les sept péchés d’Hollywood, est publié en 1958 avec une préface d’Orson Welles qui la compare à Mata Hari. Le style Fallaci est né !

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Dès les premières images, la caméra de Marco Turco s’évertue à filmer l’audace d’une femme libérée. Oriana est une amoureuse passionnée, qui refuse de s’enfermer dans une vie conjugale synonyme, à ses yeux, de soumission et d’entrave à sa carrière professionnelle.

Après les belles de nuit et les riches héritiers de la jet set new-yorkaise et californienne, Oriana traque la femme bafouée lors d’un tour du monde qui la confronte pour la première fois aux harems et jeunes promises voilées. Marco Turco insiste lourdement sur le féminisme de la journaliste, gratifiant le spectateur de scènes caricaturales où la jeune actrice insipide interprétant l’Oriana (titre original de ce long-métrage) roule des yeux et lève les mains au ciel pour montrer son indignation. Heureusement, quelques extraits du livre qu’elle publiera en 1961 sur la condition féminine, « Le sexe inutile »,  sont lus, révélant la finesse de réflexion de la vraie Oriana.

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Les épisodes de vie – qui se voudraient aventureux- s’enchaînent de manière chronologique dans un récit sans souffle. Les expériences d’Oriana s’égrènent sous forme de cartes postales ; chaque nouveau lieu d’enquête est d’ailleurs identifié par un sous-titre comme si la bande-son truffée d’anciens tubes, les décors et les dialogues ne suffisaient pas à plonger le spectateur en plein conflit vietnamien.

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Marco Turco se heurte aux difficultés inhérentes au biopic. La reconstitution historique soignée, les costumes d’époque (mention spéciale à la période des années 1970 en Grèce) nous entraînent dans un voyage temporel qui illustre avant tout le désir impétueux de la journaliste de se trouver au plus près de l’actualité, voire même de faire l’actualité, quitte à brouiller les frontières entre vie privée et professionnelle.

Pour susciter l’intérêt, un biopic doit s’attarder sur les aspérités et les contradictions de l’illustre personnage dont on retrace la vie pour la postérité. Avec une journaliste aussi controversée qu’Oriana Fallaci (qui terminera sa vie sous le feu de la critique pour sa charge outrancière et irraisonnée contre l’Islam), Marco Turco avait fort à faire. Encore aurait-il fallu qu’il développe ses personnages secondaires. Ces derniers sont réduits, pour la majorité des hommes, à de simples faire-valoir (pauvre Stéphane Freiss dans le rôle du directeur du bureau de l’AFP à Saïgon) ou pour la stagiaire, à un outil scénaristique unidimensionnel introduisant quelques flash-backs dont l’unique utilité sera de redoubler vainement les éléments informatifs et de souligner la peur de la maternité ressentie par Oriana (et déjà exprimée par l’actrice via de nombreux roulements d’yeux)

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Le film ne parvient réellement à décoller et à susciter l’intérêt que pendant l’épisode consacré à la liaison d’Oriana avec le poète et activiste grec Aléxandros Panagoúlis (magnifiquement interprété par Vinicio Marchioni) qui finira assassiné pour sa dénonciation de la dictature des colonels. Face à cet homme aussi passionné qu’elle et peut-être plus résolu, la belle contenance de la journaliste, campée par une actrice bien trop lisse et sage pour ce rôle, se fissure quelque peu sous nos yeux, laissant entrapercevoir quelques réponses à cette vie sous forme de fuite permanente et de féminisme masochiste.

Au final, on ne sait rien de plus que pourrait nous apprendre une page wikipedia, pire, l’Oriana, dépourvu d’émotion véritable et d’inventivité visuelle, nous laisse complètement indifférent alors qu’il aurait dû nous emballer.

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Le film sort après une mini-série de deux épisodes diffusée en Italie sur la Rai; en étant trop didactique, classique, consensuel et démonstratif, il souffre justement des qualités qui font un excellent téléfilm : peut-être Marco Turco aurait dû en rester là.

Genre : biopic

Avec Vittoria Puccini, Vinicio Marchioni, Francesca Agostini, Stéphane Freiss

Durée : 108 minutes

Sortie : 5 août 2015

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