Melaza, le 16 avril

Premier long-métrage du réalisateur cubain Carlos Lechuga, Melaza s’attarde sur les stratagèmes mis en place par un couple très uni pour faire vivre leur amour dans un Cuba exsangue. De nombreux films se sont attachés à montrer l’absurdité du quotidien des habitants de l’île castriste mais à l’exception du très gore Juan of the Dead (réalisé par Alejandro Brugués), très peu, finalement, détournaient les symboles de la révolution pour en montrer le ridicule. Dans un registre plus subtil que Juan of the Dead, Melaza s’attaque à cette entreprise de démolition du mythe. Associés à une peinture naturaliste des sentiments, les longs plans séquence composés par Carlos Lechuga donnent corps à une critique douce-amère qui n’en demeure pas moins féroce.

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Une scène de Juan of the Dead

Le titre du film agit comme une métaphore qui éclaire Melaza de plusieurs sens. Dans la moiteur de l’île, Mónica (Yuliet Cruz) et Aldo (Armando Miguel Gómez) s’aiment avec une passion non dénuée de tendresse. Très complices, ils partent chaque matin travailler main dans la main. Mónica est la gardienne d’une usine désaffectée et son mari, un instituteur, donne aussi des cours de sport aux enfants du village. Melaza, ville fantôme située près de La Havane, est une sorte de prison dont personne ne semble pouvoir s’échapper. Un destin qui colle à la peau, une existence dont il faut s’accommoder même si elle finit par être vide de sens à l’image de la piscine sans eau qui accueille les entraînements de natation. A cause du blocus américain et des choix économiques infligés à la population, c’est le règne de la débrouillardise. Le régime castriste a beau vivre ses derniers jours, la propagande est toujours de rigueur. Des avions lâchent des colis contenant des pamphlets tandis que la radio appelle à la révolution contre les Yankees… Mais, comme n’importe quel autre couple de la planète, Mónica et Aldo ont besoin d’argent et lorsque la police politique leur inflige une amende pour avoir sous-loué leur misérable appartement à un mari infidèle, le couple, déjà malmené, est en péril…

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L’un des nombreux intérêts de Melaza est de faire coïncider la petite histoire (celle du couple) avec la grande (les conséquences du régime castriste) Leur relation sentimentale est filmée sur un ton mineur, « de loin », mais la mise à distance du spectateur ne le place pas en position d’observateur-voyeur. Le réalisateur parvient réellement à nous intéresser au sort des deux amoureux, qui contre toute attente, restent extrêmement soudés comme le montre la magnifique scène de la baignoire. La photo et les couleurs sont belles, malgré la pauvreté des lieux filmés, une manière, peut-être de transcender visuellement le sordide de certaines situations. La composition quasi picturale de certains plans accentue les multiples inégalités sociales auxquelles Mónica et Aldo sont confrontés comme dans la scène où la jeune femme, à la peau sombre, perd son emploi après avoir été accusée de voler une montre par une vieille dame à la peau très blanche. Melaza, le film d’un réalisateur prometteur…

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Informations pratiques :

Date de sortie : 16 avril 2014 (1h20min)

Réalisé par : Carlos Lechuga

Avec : Yuliet Cruz, Armando Miguel Gómez, Luis Antonio Gotti…

Genre : Drame, Comédie

Nationalité : Cubain, français, panaméen

 

 

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