Monument to Michael Jackson, Arras Film Festival

Tragi-comédie à la sauce Balkane, Monument to Michael Jackson du réalisateur Darko Lungulov se déroule dans un petit village serbe en voie de désertification. Quatre hommes – un pope, un ex-militaire, un coiffeur et un ferrailleur gitan – unissent leurs forces pour mener à bien l’érection d’un monument à Michael Jackson.

Nous sommes en 2009. On déboulonne les statues des travailleurs modèles soviétiques mais le pays n’a pas vraiment réussi à se trouver de nouveaux héros. Dans une Serbie partagée entre modernité et tradition, ces quatre individus symbolisent les multiples visages du pays : L’Eglise orthodoxe, l’Armée, le Peuple, et la communauté gitane. Leurs motivations témoignent elles aussi des contradictions d’un jeune pays empêtré dans un passé mythifié qui a accouché d’un nationalisme ultra-violent.

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Marko (Boris Milivojevic), coiffeur, veut à tout prix empêcher le village de se vider et par là même, retenir près de lui son ex-femme, la rousse Ljubinka (Natasa Tapuskovic), qui envisage d’immigrer en Allemagne. Pour Dusan (Dragan Bjelogrlic), ex-militaire dans l’aviation, il faut absolument attirer des touristes afin de rouvrir l’aéroport. Quant au Pope (Ljubomir Bandovic), c’est un moyen de montrer son amour à Jelena (Emilija Terzic), sa fille handicapée, qui vénère Michael Jackson comme un Dieu vivant. Enfin, pour Doki (Toni Mihajlovski), le bon pote gitan, le monument est une évidence : les pas de danse du King of the Pop prouvent définitivement que du sang tsigane court dans ses veines.

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Mais, tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Il y a d’abord le maire véreux (Branislav Trifunovic) qui a conclu un accord secret avec des mafieux pour redistribuer l’argent de la vente du terrain occupé par les pistes de vol abandonnées. Pour détourner Marko de sa mission, il a engagé une bande de gros bras néo-nazis qui s’en prennent d’abord à son commerce. La tension monte et Marko est à deux doigts de tout laisser tomber lorsqu’un groupe de touristes japonais apparaît au petit matin sur la place du village. Une fois la folle machine de Marko lancée, tout s’emballe. Le buzz médiatique autour de l’inauguration de la statue oblige le maire à renoncer de tout faire capoter avec l’aide des membres du groupuscule raciste Pure Serbie.

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Le film de Darko Lungulov, classique dans sa forme mais visuellement et narrativement très réussi, est un condensé de bonne humeur doublé d’une ode très touchante à la tolérance. Le groupe composé par Marko et ses amis témoigne de la diversité ethnique, politique et religieuse de la Serbie. Le réalisateur se moque aussi de la virilité arrogante des hommes des Balkans en nous montrant qu’ils peuvent aussi se montrer sensibles, doux et rêveurs à l’image de Marko, incorrigible en amoureux dépité et fan absolu d’un chanteur efféminé. A côté de films comme le bulgare The Lesson ou l’albanais Bota, qui donnaient une image violente et peu reluisante des maris et pères, Monument to Michael Jackson fut une bouffée d’air frais…

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Après avoir été projeté à Karlovy Vary et au Arras Film Festival, nul doute que le succès sera au rendez-vous dans d’autres festivals.

Réalisateur : Darko Lungulov.

Avec : Boris Milivojevic, Natasa Tapuskovic, Dragan Bjelogrlic, Ljubomir Bandovic, Toni Mihajlovski, Branislav Trifunovic, Emilija Terzic, Mirjana Karanovic.

95 minutes.

Sortie : prochainement.

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