Une belle fin, Uberto Pasolini, 15 avril 2015

Comme son nom ne l’indique pas, Uberto Pasolini est le neveu de Luchino Visconti. Avec son dernier film, Une belle fin, il signe une comédie douce amère sur le deuil et la mémoire. John May est un petit fonctionnaire qui adore son métier. Son travail, une routine administrative pour d’autres, il l’accomplit avec un sens consumé du devoir. May est chargé de retrouver des proches de personnes décédées afin d’organiser au mieux leur funérailles. Le plus souvent, ses recherches, menées comme de véritables enquêtes policières, n’obtiennent pas le résultat escompté.

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Une belle fin met ainsi en scène des familles éclatées, des personnes âgées abandonnées et peut-être pire encore, des hommes et femmes d’âge moyen vivant dans une solitude accablante. Un sujet morose pourrait-on craindre… Heureusement, grâce au charisme de son acteur principal (Eddie Marsan, au jeu minimaliste mais si émouvant) et une réalisation virtuose (ambiance à la Aki Kaurismäki, contre-plongées qui créent un sentiment d’inquiétude étrangeté), le film se suit avec grand plaisir, notamment dans sa première partie.

Aussi solitaire que ses défunts, May se livre tout entier à son travail. Dans un grand album, il conserve des photographies de ces hommes et femmes dont il a restitué au plus près la vie pour connaître les goûts, l’une la danse flamenco, l’autre les hymnes écossais, et préparer dignement leur enterrement tel un ultime hommage.

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Minutieux, obstiné et très intelligent, son monde -parfaitement organisé- semble s’écrouler lorsqu’il apprend son licenciement après 22 ans de loyaux services. L’un des mérites du film est d’attirer notre attention sur des questions politiques actuelles -le démantèlement du système public et ce qu’il pouvait représenter comme institution bienveillante et protectrice- sans jamais se transformer en brûlot social indigeste. Ici, la fiction est au service de la réflexion sans jamais perdre de vue le cœur de l’intrigue : à savoir le dernier « dossier » de Mister May, Billy Stokes, un alcoolique avec des antécédents judiciaires… John va se fixer un challenge : retrouver des personnes qui auraient pu aimer cet homme -en apparence irascible et fou.

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La quête de John May se double d’une découverte de soi et du monde : à travers les différentes rencontres (un ex collègue d’origine indienne joueur de cricket, un ancien compagnon d’armes, une fille aimante et douce…), le réalisateur dresse un portrait complexe de Billy. Une manière de montrer la richesse de toute vie humaine, en dépit des apparences. Et John May, robotique en diable dans la première partie, de s’humaniser, de découvrir des saveurs (le running gag de la nourriture!) et des désirs… Mais l’ouverture à l’autre comporte des risques que May payera au prix fort.

Article initialement paru le 16 novembre 2014 dans le cadre du Arras Film Festival.

Date de sortie : 15 avril 2015 (1h32min)
Réalisé par  Uberto Pasolini
Avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Andrew Buchan…
Genre : comédie dramatique

 

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