Nothing magic in… Magic in the Moonlight (Woody Allen, 22 octobre)

Faut-il aller voir ce week-end Magic in the Moonlight  de Woody Allen ? Le dernier opus de maître Allen déçoit par son manque d’originalité et sa réalisation empesée. Si Woody s’était un peu renouvelé avec Le rêve de Cassandre et Match Point (un régal de noirceur scénaristique et de direction d’acteurs), autant dire que depuis Vicky, Cristina, Barcelona, le réalisateur new-yorkais se contente de recycler de vieilles ficelles.

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Le rêve de Cassandre, avec Colin Farrell et Ewan McGregor (2007)

La récente filmographie de Woody Allen est caractérisée par des tournages en Europe pour des marivaudages amoureux sur fond de paysages carte postale. La passion du réalisateur envers notre Vieux Continent est un juste retour pour le succès qu’il semble rencontrer auprès des publics locaux, bien plus réceptifs au charme suranné de ses élégantes intrigues que le spectateur Américain moyen.

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Las, si la magie opère parfois, souvent grâce au jeu des interprètes – Scarlett Johansson dans Vicky, Cristina etc ou Colin Firth dans le film qui nous intéresse aujourd’hui – il faut bien reconnaître le manque flagrant d’inventivité des productions récentes alléniennes. Avec Magic in the Moonlight, on atteint un degré de vacuité incommensurable. Les thèmes de prédilection de Woody y sont traités à la va-vite sur un scénario écrit au coin d’une table sur un bout de serviette en papier. Le rythme est extrêmement mou, les retournements de situation prévisibles.

Seul Colin Firth -parfait en magicien rationaliste et snob- surnage de ce qui s’apparente à un vieux téléfilm destiné aux ménagères de moins de 50 ans diffusé en début d’après-midi sur Teva. Plusieurs problèmes dans ce film :

1) l’absence de chemistry (d’alchimie) manifeste entre Colin Firth et Emma Stone. Il manque à la jeune actrice, connue pour ses rôles dans la franchise The Amazing Spiderman, un peu de maturité pour incarner une voyante mystérieuse qui ferait tourner la tête des hommes. Son allure juvénile et ses minauderies rappellent parfois Mia Farrow, aux débuts de son idylle avec Woody Allen. Si l’actrice est beaucoup moins convaincante en femme fatale que ne l’ont été Scarlett Johansson et Penelope Cruz, elle n’en demeure pas moins une représentation de l’idéal féminin selon Woody Allen. Le problème majeur provient de son interaction avec Firth. Celui-ci retrouve quelques automatismes à la Mark Darcy, l’avocat amoureux et maladroit qu’il incarnait dans Bridget Jones, mais à aucun moment ne pointe l’émotion quand il se retrouve face à Emma Stone. On est bien loin de l’alchimie qui régnait dans Match Point entre Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers, certainement l’un des couples les plus sexy de l’histoire du cinéma.

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Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers, Match Point, 2005

2) une ritournelle qui vire à la rengaine dépourvue de toute imagination.

Chez Allen il était classique de retrouver les mêmes thèmes travaillés en profondeur par ses névroses : l’opposition rationalité et spiritualité (présente à travers les couples psychanalyste-voyante ou personnage athée – rabbin / croyant), homme du monde pygmalion – femme de basse extraction à modeler, réalité – illusion… Aujourd’hui, les clivages se sont encore plus accentués, à tel point qu’ils s’incarnent dorénavant dans des personnages ou situations clichés, complètement caricaturaux.

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Emma Stone et Colin Firth, une histoire d’amour qui ne fonctionne pas à l’écran.

Pour preuve, les personnages de Magic in the Moonlight, véritables archétypes sans back-stories. Librement inspiré de Houdini, le personnage de Stanley (Colin Firth) est relativement unidimensionnel alors qu’il est en soi une somme de contradictions, comme le résume si bien George, le psychanalyste joué par Jeremy Shamos. Quant à tante Vanessa (Eileen Atkins), c’est juste une vieille dame très digne qui a connu un amour passionné contrarié avec un membre du Parlement anglais, Brice, n’étant lui qu’un riche héritier jouant du ukulélé…

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Eileen Atkins, lady britannique.

Alors oui, tout ce joli petit monde s’agite avec grâce et désinvolture sur fond de paysages de Provence, une Provence bien entendu rêvée, qui pourrait aussi bien être une Sardaigne ou Toscane tant les décors sont impersonnels et stéréotypés. Mais, les situations sont sans surprise, les dialogues sont avares de traits d’esprit… tout cela sent la naphtaline et le conventionnel. On aurait pu attendre plus de magie, justement, dans l’enquête menée par Stanley, redoutable illusionniste et mentaliste… Les effets de passe-passe, les tours impressionnants qui auraient pu servir une mise en scène éblouissante ne sont malheureusement présents qu’à l’acte 1 de cette tragi-comédie bien ennuyeuse.

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Colin Firth est le célèbre magicien Wei Ling Soo

La jeune voyante se verra confondre de manière bien peu subtile au terme d’atermoiements existentiels d’une banalité affligeante. Dans Magic in the Moonlight, le seul envoutement reste la nostalgie, palpable à chaque instant, du réalisateur pour une époque qu’il s’évertue à recréer à travers le miroir déformant du fantasme. Quant à la comédie de mœurs pétillante autour du thème du remariage, même autour d’une coupe de champagne et en costume d’époque, n’est pas Cary Grant et Katherine Hepburn qui veut.

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Cary Grant et Katherine Hepburn dans Holiday (George Cikor, 1938)

Date de sortie : 22 octobre 2014 (1h38min)
Réalisé par Woody Allen
Avec Colin Firth, Emma Stone, Eileen Atkins
Genre : Comédie, Romance

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