The Go-Go Boys, Hilla Medalia, 22 octobre 2014

Le cinéma israélien se porte bien. Sa production -florissante- se double d’un regard acéré sur sa propre histoire nationale. Que ce soit à travers les yeux d’une institutrice (L’Institutrice de Nadav Lapid sorti en septembre), d’un groupe d’anciens braqueurs sionistes (Canailles Connection de Reshef Levi, en salles le 29 octobre) ou de vieux nababs de la production grand spectacle (The Go-Go Boys), les mythes et valeurs -peut-être dévoyées aujourd’hui– qui ont fondé l’identité de cette jeune Nation sont auscultés et remis en cause.

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Malgré la différence de genre (un drame, une comédie et un documentaire), ces trois films permettent au spectateur de mieux comprendre un pays qui semble si proche de nous géographiquement et qui demeure pourtant si lointain… The Go-Go Boys est un hommage à deux producteurs, Menahem Golan et Yoram Globus, à la tête de la mythique Cannon, une société spécialisée dans les films d’action généralement estampillés nanar et série Z.  Au plus fort des années 1980, elle fait la fortune d’acteurs comme Charles Bronson et Chuck Norris et le bonheur de millions de spectateurs qui, dans le monde entier, se passionnent pour les aventures de ninjas, de serial killers ou de break-dancers…

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Le rachat de la Cannon par ces deux israéliens marque le début d’une ère dorée pour la culture pop nord-américaine. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. Le documentaire montre comment le rêve de Menahem, amoureux fou de cinéma, qui se voyait en nabab hollywoodien, a ressuscité une manière de réaliser et de produire des films que l’on croyait disparue tout en relançant le cinéma d’exploitation.

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L’aventure -délirante- de Cannon Films exemplifie une fascination pour un passé fantasmé. Menahem et Yoram -dans une moindre mesure- voulaient devenir les nouveaux Louis B.Mayer, producteur juif qui fit fortune après avoir quitté l’Europe et ses pogroms. L’arrivée -presque en catimini- des deux cousins à Los Angeles, c’est un peu la vieille Europe qui souhaite prendre sa revanche en conquérant des parts du marché cinématographique nord-américain. Mais si Cannon Films produira le dernier Cassavettes (Love Streams) ou Barfly de Barbet Schroeder en 1987, c’est grâce aux recettes engrangées par Delta Force (avec Chuck Norris), American Ninja (avec Michael Joseph Dudikoff) ou Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon… La recette magique de Cannon : produire beaucoup, tout le temps, à des prix défiant toute concurrence.

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Si le nom de Cannon faisait rire sous cape quelques années après le débarquement californien du duo, le groupe devient rapidement une force dans l’industrie cinématographique. Au festival de Cannes, Golan et Globus signent des contrats pour des films pas encore tournés. As de la promotion, il font miroiter aux distributeurs des têtes d’affiche qui garantiront le succès du film. Entrecoupé d’images d’archives et de témoignages face caméra, le documentaire d’Hilla Medalia décortique avec précision la mécanique Cannon…jusqu’à ce qu’elle se dérègle.

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Plusieurs raisons à la chute du duo : la boulimie de films de Menahem Golan, le rêveur, qui ne cesse d’accepter des projets, et les envies d’aller voir ailleurs de Yoram, tête pensante et financier pragmatique. Avec l’échec de Superman (le n°4), Globus se rapproche de Giancarlo Parretti, un homme d’affaires italien douteux, à la tête de Pathé. Bientôt, les rêves des deux israéliens se heurteront à la dure réalité. Sans Yoram, Menahem Golan est incapable de garder à flot une compagnie de production. Quant à l’autre compère, il devient l’une des victimes collatérales du scandale juridico-financier de Pathé-MGM…

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Contrairement à Electric Boogaloo, autre documentaire consacré à la Cannon, The Go-Go- Boys n’adopte pas de réel ton critique et constitue davantage une suite de témoignages nostalgiques qu’un véritable travail d’investigation. Les diverses interviews sélectionnées mettent en avant les qualités de cœur de Menahem (décédé en août dernier). Il n’hésitait à forcer les distributeurs asiatiques à acheter le dernier Gordard en sus des films avec Charles Bronson. Découvreur de « talents », il lança la carrière de Jean-Claude Van Damme qui raconte comment il l’aborda dans un restaurant et aussi celle de Michael Joseph Dudikoff qui sombra avec le naufrage de la Cannon. Le générique de fin montre la réunion apaisée du duo, assis dans une salle de projection, un paquet de pop-corn à la main. Cette vignette façon Cinema Paradiso résume bien le film : c’est avant tout un vibrant hommage à l’industrie du rêve, au pouvoir évocateur du cinéma qui perdure envers et contre toute critique assassine (pour les fans de la Cannon) ou difficultés économiques (pour Menahem)

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Date de sortie : 22 octobre 2014 (1h30min)
Réalisé par Hilla Medalia
Avec Sylvester Stallone, Jon Voight, Charles Bronson…
Genre : Documentaire
Nationalité : Israélien

 

 

 

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