The search for Weng Weng, Andrew Leavold, L’étrange Festival

Depuis quelque temps, les documentaires qui tentent de faire la lumière sur des personnalités méconnues ou mystérieuses fleurissent sur grand écran… Finding Vivian Maier (2014), Searching for Sugar Man (Oscar du meilleur documentaire en 2013) ou ce bizarroïde The Search for Weng Weng, présenté en avant-première à l’Étrange Festival cette semaine.

Weng Weng était un acteur nain philippin qui connut son heure de gloire au début des années 1980 en incarnant un agent secret de moins d’un mètre. Son nom ne dit certainement rien aux spectateurs qui ne se passionnent pas pour le cinema bis. Mais, pour tous les amateurs de nanars formidables, l’agent 00 est une icône éternelle. L’histoire de Weng Weng est d’abord celle du cinéma philippin, très prolifique dans les années 1970 et 1980. Sous la férule d’Imelda Marcos, auto-décrétée grande dame patronnesse des Arts, une production complètement anarchique -le comble pour une nation dirigée par un couple de dictateurs- voit le jour. Dans un pays où l’opinion publique est muselée, les spectacles cheap comme les remakes de westerns ou de films d’espionnage hollywoodiens contentent la populace. C’est l’âge d’or du cinéma philippin. Une page de l’histoire cinématographique mondiale que le réalisateur, Andrew Leavold, prétend bien exhumer pour rendre hommage à un acteur qu’il adore depuis toujours.

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Le film a nécessité presque 8 ans de tournage. Quand Leavold déboule à Manille avec son équipe réduite (Daniel Palisa, créateur d’effets spéciaux dans le civil, cameraman et co-scenariste pour le documentaire), peu de gens semblent se rappeler de Weng Weng. Et ceux qui se souviennent des improbables Chopsuey Met Big Time Papa de Dante Pangilinan, For Y’ur Height Only de Eddie Nicart ou Da Best in da West de Romy Villaflor ne partagent pas son enthousiasme pour ces nanars aux titres ridicules. Un universitaire s’inquiète même de l’intérêt  voyeurisme qu’un tel acteur pouvait susciter chez le public. Admirait-on réellement la capacité de Weng Weng à réaliser ses propres cascades sans doublure (difficile de trouver un autre lilliputien!) ou allait-on voir ses films pour se payer sa tête ? Le documentaire répond à cette question sans mièvrerie ou hypocrisie.

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Avant de devenir Weng Weng, star internationale éphémère, cet acteur atteint de nanisme harmonieux s’appelait Ernesto de la Cruz. Il fut découvert par un couple de commerciaux sans scrupules, Peter et Cora Caballes, qui flairèrent immédiatement le bon filon. Le succès de Weng Weng est immédiat dans un pays où le cinéma est avant tout un spectacle populaire. L’agent 00 possède les mêmes gadgets sophistiqués que James Bond, on le transforme aussi en sex-symbol, constamment entouré de jolies filles. Coaché par l’ex cascadeur Eddie Nicart, Ernesto apprend vite. Les films sont tournés avec peu de frais et engrangent beaucoup d’argent. Weng Weng est rapidement considéré comme un symbole de chance. Ses traits rappelant ceux du célèbre Saint El Nino de Atocha, on commence à lui vouer un culte qui dépasse le phénomène de fandom.

Hélas, l’histoire de Weng Weng n’est pas un conte de fée… ce qui explique en partie pourquoi le réalisateur n’est pas, au départ, accueilli à bras ouvert. Le documentaire de Leavold montre comment Ernesto fut exploité par les Caballes qui ne lui versèrent jamais aucun salaire. Weng Weng mourut dans la l’indigence la plus totale. Leavold remue donc la m…. pour découvrir la vérité sur son acteur fétiche. Quel était son vrai nom ? Où était-il né ? De quoi vécut-il quand sa carrière commença à battre de l’aile ? La rumeur voulait que Weng Weng eut été engagé comme agent secret pour des missions de reconnaissance et de surveillance par les services spéciaux philippins. L’un des mérites du film est de d’éclaircir un à un tous ses points, demeurés sans réponse jusqu’à cette enquête frappadingue.

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Le documentaire est également particulièrement réjouissant car il constitue un work-in-progress, donnant à voir l’évolution des réactions face à la quête obsessionnelle d’Andrew Leavold. Symbole honteux d’une industrie cinématographique et d’une élite intellectuelle qui auraient tourné le dos à la culture populaire, Weng Weng redevient à la mode, dès lors que les personnes interviewées par le réalisateur comprennent l’intérêt qu’elles auraient à tirer profit de cette soudaine redécouverte. Le réalisateur est donc invité par Imelda Marcos à venir célébrer son 83e anniversaire avec de hauts dignitaires. L’ex-dictatrice étant prête à tout pour revenir sur la scène médiatique.

Offrant de nombreuses images d’archives en sus des interviews, le documentaire d’Andrew Leavold est très émouvant lorsqu’il donne la parole aux vétérans du Bis philippins -pour la plupart décédés aujourd’hui- : Franco « Chito » Guerrero (They Call Her Cleopatra Wong),  le réalisateur et producteur Roberto A. Suarez ou Dolphy, roi de la comédie.

The Search for Weng Weng, fruit d’une obsession et œuvre de réhabilitation, est avant tout une enquête menée avec sérieux par un passionné qui vient récemment de soutenir une thèse sur le cinéma bis. Courrez-vite découvrir ce film au Forum des Images pendant les derniers jours de l’Étrange Festival

 

 

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